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19 février 2013 2 19 /02 /février /2013 23:17

Panorama historiques des mœurs constitutionnelles italiennes

 

L’histoire constitutionnelle italienne commence, et que cela ne déplaise aux tenants d’une utopique tradition républicaine, avec le Statuto Albertino, c'est-à-dire la première constitution octroyée par le roi Carlo Alberto de Piémont – Sardaigne en 1848. Le parlement qui en dérive est, fait habituel à l’époque, caractérisé par une présence massive de l’aristocratie e de la bourgeoisie. Cette première assemblée est destinée à avoir une vie assez chahutée car, un an après sa formation, à la suite de la défaite de Novara et à l’armistice de Vignale (1849), il se déchire violemment entre sa partie plus modérée et conservatrice et la composante plus extrême et radicale, opposée aux termes du traité de paix avec l’Autriche, et on assiste à la confrontation marquée entre les deux ailes du parlement. Mais ce qui nous intéresse plus particulièrement, dans le cadre de notre analyse, ce sont les événements qui rythment la vie parlementaire au cours de la décennie 1849 – 1859 (la célèbre « décennie de préparation » qui conduira aux éclatantes victoires de Solferino e Magenta et à la proclamation du Royaume d’Italie en 1861) : en 1852, l’étoile montante de la politique turinoise, le comte de Cavour, issu des rangs de la droite, n’hésite pas à renverser  les alliances en place et, doublant le premier ministre en charge, Massimo d’Azeglio, noue une alliance avec la gauche de Urbano Rattazzi, afin de bénéficier d’une vaste majorité, ce qui a comme effet de le propulser à la présidence du conseil des ministres. Bien évidemment, cet acte de désinvolture politique n’est pas du goût de tout le monde et l’alliance contre nature fut baptisée «infame connubio » (« mariage d’infamie »), toutefois la manœuvre permit à Cavour de réaliser ses objectifs d’expansion septentrionale du royaume des Savoie (il est toujours opportun de rappeler que le comte de Cavour n’envisageait absolument pas, dans un premier temps, l’unification de toute l’Italie). Donc, nous assistons là à la première manifestation  des « coalizioni », des « combinazioni » qui vont caractériser l’histoire du parlementarisme italien. Dans les années suivants la politique du jeune royaume d’Italie connut d’autres grands moments de créativité institutionnelle avec Agostino Depretis, maître des alliances temporaires tantôt à gauche tantôt à droite selon les convenances du moment qui valurent à sa stratégie le nom de « trasformismo » (transformisme, ce qui n’implique pas que le ministre en question soit un maître dans l’art de Arturo Brachetti).

Au XX° siècle, si on oublie le phénomène des gouvernements d’ « union sacrée » pendant la Première Guerre Mondiale, ce qui se produisit dans les pays des deux camps opposés, on assiste à l’éclipse du parlementarisme classique devant la stabilité institutionnelle « forcée » du Ventennio mussolinien, et, après la chute du Duce, à un retour des alliances plus ou moins solides et probables dans la « nouvelle Italie démocratique ». En 1945, à peine sortie de la guerre, l’Italie se voit gouvernée par l’alliance de tous les partis « antifascistes », avec un gouvernement présidé par le démocrate-chrétien AlcideDe Gasperi et la participation active des socialistes de Pietro Nenni et surtout des communistes de stricte obéissance stalinienne de Palmiro Togliatti. Mais cette expérience est destinée à être de courte durée, nous sommes en pleine Guerre Froide et les élections de 1948 consacrent la victoire du parti catholique, la Democrazia Cristiana, et la marginalisation du bloc de gauche (le « Fronte Popolare ») : communistes et socialistes (pour plus d’informations sur cette période de l’histoire nous recommandons la visions des films sur Peppone et Don Camillo).don-camillo-e-peppone1.jpg Ainsi commence l’ère des gouvernements dits « monocolore democristiano », qui vont se poursuivre jusqu’à 1963 avec le premier gouvernement de « centro-sinistra » (centre-gauche ») qui voit l’entrée du Parti Socialiste au gouvernement (entre temps le parti socialiste a effectué sa mue et renoncé aux oripeaux du marxisme). Cette alliance inédite fut la volonté du démocrate-chrétien Aldo Moro qui, une décennie plus tard, commença a réfléchir au « compromesso storico » (le compromis historique), qui aurait du se concrétiser rien de moins qu’avec la participation du Parti Communiste au gouvernement. Mais là nous pénétrons dans l’une des plus grandes mystères et l’un des secrets les plus sombres et mieux gardés d’Italie, c'est-à-dire l’assassinat de Aldo Moro, ce qui mit un terme à l’initiative. Ce furent alors les grandes années du « pentapartito » (le parti à cinq), où le gouvernement s’appuyait sur la coalition de catholiques (Democrazia Cristiana), socialistes (Partito Socialista Italiano), sociaux-démocrates (Partito Socialista Democratico Italiano), républicains (Partito Repubblicano Italiano) et libéraux (Partito Liberale Italiano). La joyeuse compagnie gouverna entre litiges de façade et partage des pouvoirs, jusqu’aux premières années de la décennie 1990, avant de sombrer dans les scandales de corruption systématique mis à jour par l’enquête « Mani pulite ». Renouveau en perspective de la vie politique italienne ? Oui e non. La grande innovation des années 90 et de l’arrivée de sujets tels que Silvio Berlusconi e de la Ligue du Nord, accompagnée par la métamorphose du vieux Parti Communiste en parti de gauche plus européen et surtout ouvert aux logiques du marché, sembla ouvrir la porte à un bipolarisme tel qu’il est connu dans la plupart des pays occidentaux : Tories et Labour en Grande Bretagne, Républicains et Démocrates aux Etats Unis, SPD et CDU en Allemagne, RPR- UDF (à l’époque…) et PS en France. Mais cela signifiait vouloir considérer la spécificité politique italienne avec des critères politiques trop génériques : il s’agissait d’un faux bipolarisme, car les deux blocs rivaux (droite et gauche) n’étaient que des coalitions assez désunies : le premier gouvernement de centre-droite de Silvio Berlusconi fut sabordé par la  Lega Nord, son allié auparavant), le gouvernement de centre-gauche de Romano Prodi subit le même destin par le fait des sa composante d’extrême gauche. Voilà donc se profiler une figure décriée par tous les représentants politiques italiens mais qui est, hélas, la base de la vie publique du pays : l’inciucio. Nous sommes au regret d’avouer notre impossibilité de fournir une traduction française de ce vocable : il puise ses origines dans les dialectes du Centre-Sud de l’Italie, sa sonorité nous fait inexorablement penser à un âne (dans le sud de l’Italie, ledit animal est appelé « ciucio »), le mot évoque une sorte de promiscuité de mauvais genre, à la fois charnelle et opportuniste, bref, on pourrait évoquer un mélange entre commixtion, copinage, arnaque et complot… Bref, l’inciucio se manifeste dans l’alliance post-électorale entre partis qui, avant le vote, déclaraient leur pureté et clamaient « jamais avec ses gens-là » et, par nécessité induite par les résultats des urnes et en hommage à la realpolitik, finissent par s’allier sur des programmes de complaisance, mais toujours prêts à se rétracter et aller vers des elezioni anticipate. A leur décharge, disons que cela n’est pas du (uniquement …) à leur perversité et à leur vice, mais aux arcanes d’une loi électorale tout bonnement incompréhensible et que tout le monde critique sans vouloir la reformer (ladite loi électorale est tellement insatisfaisante que elle est surnommée « porcellum », c'est-à-dire le… cochon en pseudo-latin !).

En 1848, le prince de Metternich, l’un de plus grands diplomates européens, aimait répéter : « L’Italie n’est qu’une définition géographique ». En 2013, si l’Italie est une nation, son système politique demeure une vue de l’esprit.

 

Crédit images : Google

 

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