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1 août 2011 1 01 /08 /août /2011 18:03

Une variante américaine du Très Grand N'Importe Quoi

 


 Revenu sur terre, John Ford s'est vu confier la mise en scène d'un western à gros budget destiné au public planétaire.  La recette, mille fois utilisée et toujours efficace, est classique : le fort est assiégé, les indiens menacent, l'héroïque colonel est prêt à se défendre jusqu’à la dernière cartouche et, juste avant la fin, il entend au loin le clairon de la cavalerie et le fort est sauvé. Si on veut donner un surplus d’épaisseur psychologique aux personnages, voici que le colonel et son ami-ennemi, commandant des troupes qui arrivent à la rescousse, sont liés par un passé commun, pourquoi pas une inimitié ancienne née à West Point ou alors une véritable rivalité sur les fronts opposées, pendant la Guerre de Sécession…

Un western de la grande époque ? Mais pas du tout ! Voici la description certes un peu imagée des débats sur la dette fédérale, qui ont occupé le Tout-Washington et concentré l’attention mondiale !

custer.jpg

Depuis quelques mois, les agences  de notation (qui jouent ici le rôle des indiens) menacent d'arracher le scalp (dégrader le rating) de la dette US, si un accord n'est pas trouvé entre le Congrès à majorité républicaine et le Senat, à majorité démocrate, et l’administration Obama. Soumis à la pression des Tea Parties, les républicains sont bien décidés à faire payer cher leur aide à Obama, qui se voit déjà criblé de flèches comme jadis le fut le général George Armstrong Custer à Little Big Horn.

Alors que le public dans la salle obscure (lire ; l'ensemble de la planète financière) s'émeut en imaginant le pire, voilà qu'à 24 heures de l'échéance (le risque de défaut des USA par dépassement du seuil d’endettement autorisé pouvait se produire dès le 2 août) la cavalerie surgit, sous la forme d'un accord entre les deux grands partis, et Fort Apache (et la dette USA) est sauvé…

Miracle de persuasion du président Obama ? Sursaut de responsabilité et de conscience civile des congressmen des rives opposées ? Rien de cela ; détrompez-vous : ce n'est que l'application de la règle de base hollywoodienne : seul le happy end fait vendre ! 
 

Illustration : La bataille de Little Big Horn (1876)

Souce : Google Images

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31 juillet 2011 7 31 /07 /juillet /2011 18:44

Nous avons appris à aimer une certaine american way of life en regardant les tableaux et dessins de Norman Rockwell : on y voit des écoliers qui distribuent des journaux avant leurs cours, des boutiquiers souriants, des bons pères de famille au volant de rutilantes Cadillac … bref, tous les symboles d’un imaginaire collectif qui ont fait plus que le Plan Marshall pour ancrer l’image d’une Amérique bienveillante et accueillante dans les esprits européens… Avec le temps, ces images idylliques nous font regretter ce monde lointain, chaleureux et confiant, dont le sommet allait être atteint au cours de l’été 1969, quand le drapeau à stars & stripes fut planté sur le sol lunaire… Des biens belles images, une bien belle histoire, mais que cachaient-elles ? Pas de drames, pas des obscures machinations gouvernementales telles que ce plaisent à imaginer les obsédés de la théorie du complot, mais une machine conformiste, réglée dans les plus infimes détails. Un monde codifié, certes, mais bien loin, toutefois, de l’uniformisation brutale et imposée qui régnait à l’époque de l’autre côté du rideau de fer. Pour bien comprendre ce monde de carte postale, rien ne vaut la plume du belge Simenon, qui dans « La boule noire » nous décrit les affres d’un individu qui, pendant quelques courtes semaines, se plait à jouer les anarchistes dans sa tête, car il se sent victime et étranger à la société américaine. En réalité, il n’en est rien, il traverse simplement la crise de l’homme mûr, qui voit ses rêves idéalistes s’évanouir et comprend que le monde est une vaste comédie, et qu’il faut jouer le rôle comme tout bon acteur.

SIMENON.jpgGeorges Simenon, La boule noire, dans la collection « Le monde de Simenon » éditée par Le Monde.

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18 juillet 2011 1 18 /07 /juillet /2011 20:35

otto-asburgo.jpgQuel est le pays le plus civilisé au monde ? Sans l’ombre d’un doute, nous répondons : l’Autriche.

L’Autriche, car elle vient de célébrer avec le faste dû les funérailles d’Otto d’Habsbourg, fils ainé du dernier Empereur, Charles, et chef de la Maison d’Autriche. Bien au-delà d’une réunion  du Gotha, mais un hommage de tout le pays à sa mémoire et son histoire. Non seulement de toute l’Autriche, mais de tous les territoires de l’ancien Empire, car des représentants de plusieurs pays jadis réunis sous la couronne des Habsbourg étaient là. On reconnait là la grandeur d’un pays. Un pays qui ne renie pas son histoire et reconnait le rôle essentiel et inestimable joué par une Famille et une Monarchie. A l’heure où le débat politique, en France comme ailleurs, sombre dans des polémiques stériles issues des déclarations de personnages à la recherche du quart d’heure de célébrité warholien, le vent de l’Histoire souffle encore une fois sur Vienne impériale.

Nous saluons ici l’Autriche éternelle, une république, aujourd’hui, qui aime et respecte ses Empereurs, cars sans eux elle ne serait rien.

 

Dans la photo (source : Google Images), le tout jeune Otto d'Habsbourg, entre ses parents, aux funerailles de l'Empereur François Joseph, en 1916.

 

Ci-joint deux vidéos fort significatives :

 

 L’hymne impérial chanté dans la cathédrale

http://www.youtube.com/watch?v=M5V98E3e9eA&feature=related

 

 

L’arrivée du cercueil à la Crypte des Capucins, suivant le cérémonial des Habsbourg : une première fois, le Maitre de Cérémonie frappe le portail en bronze. « Qui veut entrer ici ? » interroge un Père Capucin.

Le Maitre de Cérémonie  décline le nom du défunt avec tous ses titres : Otto d’Autriche, Prince Héritier… etc… Le Père Capucin répond : « je ne le connais pas ». Le Maitre de Cérémonie reprend  avec une version abrégée ; même réponse.

Alors, en changeant de ton, il frappe une troisième fois à la porte, et répond au Capucin en disant : « Otto, un pauvre pécheur ». Les portes alors s’ouvrent et l’Archiduc retrouve sa dernière demeure.

http://www.youtube.com/watch?v=slcJRqox1gI&feature=related

 

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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 23:06

norvege_pt-019.gifBillet d’humeur

Sans aucun doute, Eva Joly (nom qui nous ferait plutôt penser à une artiste du Crazy Horse qu’à une austère magistrat éprise de droits de l’homme) a réussi un  exploit : fédérer les français de droite et de gauche contre elle, après sa soudaine charge contre le défilé militaire du 14 juillet. Si la réaction de la droite est plutôt attendue (la Patrie et la Famille sont défendues par l’Armée), celle de la gauche nous surprend un peu plus. Si celle de Mme Royal peut être légitimée par des raisons familiales (Monsieur Royal père était un officier), nous sommes quand même  tentés de croire que l’indignation de  certains de ses représentants est plutôt due à l’agacement de n’avoir pas eu la primeur d’une telle proposition iconoclaste que d’un véritable attachement aux traditions militaires françaises.

Le débat sur les origines de Mme Joly ne nous intéresse pas. Sur les questions norvégiennes, nous faisons confiance à ce qui va nous raconter la charmante Anita Petersen… Par ailleurs, nous considérons que faire un parti autour de la seule idée de l’écologie n’a pas de sens, cela revient à baser tout un programme politique sur un seul pilier. Il nous semble plus logique la stratégie adoptée par Nicolas Hulot lors de l’élection présidentielle de 2007, c'est-à-dire intégrer l’écologie au sein du programme des différents candidats.

Quant au 14 juillet… Là, nous concordons avec Mme Joly, mais pour toute une autre raison. Nous sommes même plus radicaux encore, et en souhaiterions la suppression comme jour férié… Oui, depuis toujours, nos sympathies vont à la Fleur de Lys et aux Bourbons. Vive la France et Vive son bon Roi !

Et longue vie à S.M. le Roi Harald V de Norvège !

 

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23 mai 2011 1 23 /05 /mai /2011 22:18

Dites ce que vous voulez, mais avec du style !

Heureuse année 2011 pour les journalistes et les chroniqueurs ! Des révoltes dans les pays arabes, une guerre qui ne dit pas son nom en Lybie, l’élimination d’Oussama Ben Laden et, depuis une semaine, une affaire politico-economico-sexuel qui alimente les pages et les reportages.

Il n’est pas notre intention de nous aventurer dans des commentaires et des élucubrations sur la culpabilité ou l’innocence de Dominique Strauss Kahn, ni d’ergoter sur des comparaisons savantes entre les procédures pénales française et américaines. Bien plus modestement, nous nous intéressons au style, à la manière de dire les choses et plus particulièrement à deux articles publiés sur www.lefigaro.fr.

Commençons par le dernier (http://www.lefigaro.fr/international/2011/05/22/01003-20110522ARTFIG00238-dskapres-l-epreuve-de-la-prison-la-traque-mediatique.php) : Il illustre comment la presse new-yorkaise relate le traitement de la détention domiciliaire de l’ancien ministre et comment le fait est interprété par l’homme de la rue. L’auteur pointe d’un doigt tendu de vertueuse indignation le raccourci employé par les tabloids : DSK est nommé tout simplement comme étant le « français » ; le mot semble pouvoir condenser tout ce que l’américain moyen (tel qu’il est imaginé en France…) déteste : la désinvolture dans les rapports entre sexes, l’intellectualisme, les fromages au lait cru… Des sentiments plus proches du Middle West et des Tea Parties que du cosmopolitisme europhile new-yorkais (pour cela il suffit d’aller voir le dernier film de Woody Allen).  Bien évidemment, l’auteur de l’article déplore cette attitude, indigne des héritiers des colons defendus par le Marquis de Lafayette…

Tout compte fait, un article plutôt normal, bien écrit, lisible… Sauf qu’il est en totale contradiction avec un autre publié ….. par le même Figaro.

Dans ce premier article http://www.lefigaro.fr/international/2011/05/20/01003-20110520ARTFIG00435-a-quoi-va-ressembler-la-vie-de-dsk-en-residence-surveillee.php) nous lisons avec un luxe de détails les conditions que le tribunal et la défense ont négocié pour permettre la détention domiciliaire : gardes armés, caméras de surveillance, bracelet électronique à la cheville du… « socialiste ». Tel est le mot employé à plusieurs reprises pour nommer Dominique Strauss Kahn.

Nous savons pertinemment que, lors de la rédaction d’un article, il faut éviter les répétitions et un même sujet doit être nommé de différentes façons afin de ne pas rendre le récit trop ennuyeux. Dans le cas présent, nous avons à disposition : « Dominique Strauss Kahn », « DSK », « l’ancien directeur du FMI », « l’ancien ministre », « l’ancien maire de Sarcelles », « le candidat aux primaires »… Un nombre de synonymes suffisant pour un article de quelques centaines de mots. Etrangement, l’auteur emploie à deux reprises le mot « socialiste », avec une vague senteur de réprobation, dans un amalgame entre présumée culpabilité et appartenance politique du prévenu…

Inutile de rappeler à nos lecteurs notre sensibilité politique et nos opinions : personne ne pourra nous soupçonner d’une quelconque sympathie pour le PS ou pour son programme. En revanche, nous avons écrit il y a quelques temps un article favorable à la candidature de Dominique Strauss Kahn à l’élection présidentielle et ne le regrettons pas. Nous ne sommes pas strausskhanien comme nous ne sommes pas sarkozystes. Mais nous sommes, toujours et avant tout, des modérés. Des adeptes du bon gout et de la mesure (ce qui hélas nous rendra toujours minoritaires en politique). Les yeux ouverts sur le monde, nous regrettons les propos outranciers ou déplacés, mais sans en être affectés, car nous savons que l’élégance est un don rare. C’est pour ces raisons fondamentales, à la base de nos opinions, que nous blâmons la faute de gout et de style du Figaro.

 

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18 mai 2011 3 18 /05 /mai /2011 22:19

Le très très grand n’importe quoi est toujours parmi nous !

hitler.jpgPresque 70 ans après la fin de la Seconde Guerre Mondiale et la fin du nazisme en Europe, on retrouve encore des nostalgiques de la cause brune éparpillés ci et là… Dans la presque totalité des cas, il s’agit d’individus socialement et culturellement très pauvres, le plus souvent affublés d’un crâne rasé, d’yeux porcins et d’une immodérée passion pour la bière et le football. Le mélange explosif de ces éléments, favorisé par un QI légèrement inférieur à celui d’un rocher du Rhin, produit des bagarres dans les stades et le saccage ponctuel de gares et de boutiques. Ces pitoyables énergumènes braillent le bras levé singeant le salut nazi et, pour leur inconduite et indiscipline subiraient sans aucun doute les foudres et les punitions de n’importe quel sergent major des SS revenu de l’Enfer pour leur apprendre à marcher au pas…

Ces éléments vulgaires et folkloriques ne nous inquiètent trop… Leur bêtise, leur banalité et leur faiblesse intellectuelle les cantonne aux marges de la politique et de l’Histoire. Les partis jadis d’extrême droite qui entament leur voyage vers les mœurs constitutionnels renient leurs anciens gros bras, désormais imprésentables, tant ils sont conscients que toute bataille politique finit toujours par se gagner au centre.

D’autres personnages, en revanche, suscitent notre perplexité, en s’adonnant à des délirantes professions de foi hitlérienne. Cet hiver John Galliano s’est donné en spectacle dans un café du Marais (que nous avons eu le plaisir de fréquenter il y a quelques années) où, sous l’emprise de la boisson, a déclaré  « I love Hitler » et à la suite de ça, se faisant immédiatement débarquer de LVMH. Et ces jours-ci, au festival de Cannes, le metteur en scène Lars von Trier s’est lui aussi laissé aller à son panégyrique en l’honneur du petit caporal autrichien… Entre les cris indignés des amoureux du politiquement correct et les interrogations blasées de ceux qui voudraient y voir l’énième provocation dadaïste, nous nous contentons d’une simple réflexion historique.John-Galliano.jpg

L’Allemagne de Monsieur Hitler n’était pas un jardin des arts florissants (sauf peut-être avec le cinéma de Leni Riefenstahl) et toute expression artistique loin des canons lugubres et rustiques de l’éthique national-socialiste était inexorablement condamnée au bucher : livres de Thomas Mann, dessins de Georg Grosz, théories de Freud… Or, dans le monde pur et dur de la Hitlerjugend, quelle place et quelle considération aurait pu trouver un personnage à l’ambiguïté sexuelle affichée tel Mr Galliano où un peintre de la déchéance morale et sociale tel Mr von Trier ? L’exil dans le meilleur des cas, où des issues plus néfastes encore auraient été leur sort… Leur ridicule pose hitlérienne n’a rien de politique. Obéissant à leur quête du statut d’ « artiste maudit » ils nomment ce qui est resté l’unique tabou de la société occidentale : Hitler. A une époque où Dieu et le Diable sont devenus des personnages de publicité et où l’Eglise fabrique des saints comme s’il s’agissait d’attraction de Disneyland, leurs supposées « rébellion » et « originalité » les poussent vers le seul scandale possible… N’y voyons pas un inquiétant retour de nostalgie pour le nazisme, mais seulement les gestes incohérentes de personnages en manque d’esclandre…

Quant à Adolf Hitler, quelle fut véritablement sa fin ? Selon nos sources, il navigue aux fonds des mers à bord d’un sous-marin, en compagnie d’Elvis Presley et … d’Oussama Ben Laden !

 

Crédit images : Google Images

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21 avril 2011 4 21 /04 /avril /2011 21:26

Ou comment les grandes religions peuvent connaître des crises d’adolescence et de l’art de les éviter dans la mesure du possible.

Pendant que le vent de l’Histoire souffle et que les avions vrombissent dans les cieux méridionaux de la Méditerranée, nous assistons en France et aussi dans le monde à un nouveau déchainement de passions autour de thèmes religieux, dont l’énième boite de Pandore ouverte par l’exécutif français avec le lancement d’un débat sur l’Islam et la laïcité, sujet explosif si en est.

gesuitiPrécisons tout d’abord notre position : la laïcité de l’Etat n’est pas un choix ou une option, ni une opinion. C’est un fondement irrévocable. Notre système occidental, qui n’a cessé de se transformer et se consolider depuis le 17ème siècle repose sur trois piliers : la représentativité parlementaire, le suffrage universel et la laïcité.

De tout temps, le principe de laïcité a été attaqué par les éléments le plus obscurantistes ; un exemple pour tous : on fête actuellement les 150 ans de l’unification italienne. Il ne sera pas inutile de rappeler que le moteur de cette épopée fut le royaume de Sardaigne et son Premier Ministre, le comte de Cavour. Au cours des dix ans qui allèrent  de la défaite de Novara (1849) à la conquête de Milan (la Deuxième Guerre d’Indépendance Italienne, celle des batailles de Solferino et Magenta), le gouvernement libéral piémontais engagea une vaste réforme de l’état, pour le porter sur le devant du concert européen. Parmi ces mesures, les lois Siccardi, abolissant les privilèges du clergé qui avaient fleuri dans le royaume. Ces lois n’étaient pas le fait d’un pouvoir jacobin et révolutionnaire, mais d’un gouvernement formé majoritairement d’aristocrats et de quelques rares grands bourgeois. Evidemment, la réaction ²des prélats ne se fit pas attendre : si l’archevêque de Turin dut subir quelques jours de prison pour cause de rébellion, d’autres formes de protestation prirent des tournures plus pittoresques, comme les anathèmes de Don Giovanni Bosco (le fondateur des Pères Salésiens)  visant la famille royale…  La tradition veut que, sur son lit de mort, le Comte de Cavour ait murmuré ces derniers mots : « Libera Chiesa in libero Stato » (Libre Eglise en Libre Etat).

Le triomphe du principe de laïcité en Europe permit notamment l’émancipation des minorités religieuses, il fut la traduction en termes spirituels de ce que le principe d’égalité est en termes juridiques : la reconnaissance du fait que tous les citoyens sont libre et égaux face à l’Etat, indifféremment de leur origine sociale ou de leur foi. Cela toutefois implique une condition : confiner la pratique religieuse dans la sphère personnelle, sans que cela prime ou empiète sur la vie civile. Certes, ce chemin n’a pas été simple. Pour arriver à l’acceptation de ces principes les pays européens ont employés quelques siècles et répandu quelques litres de sangs. Si aujourd’hui l’Eglise catholique est certes critiquable sur certaines de ses positions, elle n’apparait pas comme un bloc d’intolérance et de suppression des mécréants. Cela ne doit pas faire oublier le fait que pendant des siècles cette même Eglise n’hésita pas à bruler, torturer ou tout simplement rendre la vie impossible à ceux qui ne se soumettaient pas à ses préceptes : la France anticléricale et maçonnique vénéra pendant des années la mémoire du Chevalier de La Barre. En revanche, il serait erronée de considérer la Saint Barthélemy comme un moment d’intolérance religieuse : il s’agissait plutôt d’éliminer d’une façon fort expéditive une faction politique adverse, de la même façon où Adolf Hitler  se débarrassa d’alliés devenus gênants lors de la Nuit des Longs Couteaux.

Dans sa longue histoire, l’Europe a connu bien des horreurs. Ils lui ont permis, comme toute maladie infantile et crise d’adolescence, de la faire grandir et évoluer, pour atteindre un niveau de maturité politique et sociale élevé. Il est possible d’affirmer que ce niveau fut atteint au milieu du 19ème siècle. Cette évolution vers une certaine mansuétude dans les rapports humains se trouva d’ailleurs confirmé par la création de la Croix Rouge et la première Convention de Genève, en 1864, sur le traitement des blessés et des prisonniers de guerre.

Si presque deux mille ans ont été nécessaires à la culture occidentale pour atteindre ces niveaux de tolérance (et aussi, malheureusement, un certain goût pour l’autodénigrement, qui culmine dans des grotesques demandes de pardon…), il ne faut pas s’étonner du fait que certaines religions plus récentes demeurent encore sur des positions plus rigoristes et moins souples… Toute la difficulté et l’art d’une politique éclairée et de leur permettre de quitter le plus rapidement possibles ces vestiges, d’une façon le plus possible spontanée et partagée. Le grave erreur, compte tenu que les signes extérieurs d’appartenance sont le plus souvent le fait d’une minorité marginale, est d’en stigmatiser les pratiques et les interdire. Personne ne doit pouvoir obliger une femme à sortir dans la rue complétement voilée (et ceci est vrai pour toute forme de vêtement), en revanche si tel est son bon plaisir elle doit pouvoir le faire, tout comme elle doit pouvoir arborer des courtes tenues qui auraient provoqué une syncope aux vertueux sujets de la reine Victoria. La limite doit être le bon sens : dans certains lieux la tenue doit être correcte et conforme, pas trop couverte ni trop découverte ! Légiférer, imposer, réprimer, bien que partant d’un  louable principe d’application de laïcité, conduit immanquablement à la sensation, en les personnes visées, d’appartenir à une minorité opprimée, meilleur façon de fabriquer à terme des aspirants martyrs prêts à tout. La croissance de l’esprit n’est pas le seul fait des personnes, où  chaque âge apporte son supplément de pondération, de détachement, de vision équilibrée des choses… Ce qu’on pourrait pompeusement appeler sagesse. Il en va de même pour les institutions humaines : une jeune religion sera zélée et excèdera dans le prosélytisme, tandis qu’une autre plus engagée sur le chemin de l’âge (dont l’unité de mesure sont les siècles et les millénaires) fera preuve d’une plus grande compréhension et de tolérance pour les égarements par rapport à des percepts de moins en moins stricts.

Idéalement, une société moderne serait une société entièrement laïque, où les choix spirituels demeureraient totalement anodins et confinés à la sphère personnelle, tout comme le choix d’une cravate, du papier peint ou de la sonnerie du téléphone portable. Hélas, il n’en est rien. Si le sentiment majoritaire est de plus en plus éloigné des réflexions mystiques, ses manifestations les plus bruyantes envahissent les chroniques : cela va des prières en pleine rue aux actes de crétinisme triomphant, comme bruler des exemplaires du Coran ou photographier un crucifix plongé dans l’urine (le Piss Christ qui vient d’être vandalisé). Ce dernier épisode mérite qu’on s’y attarde un instant : l’Art, on l’entend souvent répéter, doit interpeller, questionner, choquer même. Accordons-lui ce droit. Mais pour le faire, elle doit être Art, c'est-à-dire recherche, création, innovation, travail… Guernica de Picasso nous terrifie, l’Origine du Monde de Courbet nous intrigue de façon polissonne, Magritte nous déroute, la Fée Electricité de Dufy nous émerveille, les cardinaux du Bacon nous inquiètent. Qu’ils plaisent ou pas, il s’agit d’artistes qu’ont créé quelque chose. Plonger un objet cultuel, riche de symboles, dans des déchets organiques liquides, n’est pas de l’art, c’est du mauvais gout gratuit. Et, à nos yeux laïques, le mauvais gout est un péché mortel.

Illustration : "Les jésuites chassés de Modène en 1831".

Source : Google images

 

 

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17 mars 2011 4 17 /03 /mars /2011 19:37

Billet d’humeur

Alors que le Japon affronte avec une dignité exemplaire une catastrophe d’ampleur extraordinaire, avec une attitude incomparable par rapport aux pleurnicheries auxquelles nous sommes habitués par ces temps obscurs de téléréalité, nous observons un fait curieux, qui nous émerveille face à l’étendue de la connaissance de nos semblables. Du jour au lendemain, dans n’importe quel corps de métier, nous assistons au fleurissement de centaines d’experts sismologues et de sécurité nucléaire, dont il est regrettable que la profonde et soudaine connaissance ne soit pas mise à disposition des autorités de l’Empire du Soleil Levant. Par souci d’exactitude et afin d’honorer tant de science, nous estimons opportun de rappeler que ces mêmes experts étaient, jusqu’à vendredi dernier, des éminents stratèges se répandant en opinions et conseils au sujet de la guerre civile libyenne.

Pendant que nous écoutons, malgré nous, les cuistres de service, nous formulons tous nos vœux d’amitié et sympathie au Japon.

maneki nekoNippon banzaï !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Crédit image : Google Images

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15 mars 2011 2 15 /03 /mars /2011 23:35

« Nemo profeta in patria ! »

Connaitre l’avenir ! De tout temps cet exercice impossible a été le rêve de l’humanité. Toute mythologie recèle en son sein des figures souvent inquiétantes (il suffit de  penser à Tirésias) qui possèdent cet obscur pouvoir.  Devins, oracles et pythies, qu’il s’agisse des textes les plus anciens ou de quelques films d’aventures plus ou moins exotiques, ces personnages se parent de caractéristiques physiques qui échappent aux canons de la beauté classique, quand ils ne sont pas franchement répugnants. Les dieux de l’Antiquité octroyaient à prix cher les pouvoirs du Troisième Œil : le susnommé Tirésias reçut le don en contrepartie de la cécité, la vie de Cassandre ne fut certes une  partie de plaisir. Acquérir ce don, qui mettait à un niveau plus proche des dieux que des êtres humains, nécessitait quelques sacrifices, et nous voyons comme tous les grands devins de la mythologie ne sont plus tout à fait humains. Ils ont renoncés à la société de leurs semblables, s’ils ne sont pas cruellement estropiés, ils vivent retirés, dans une dimension qui leur est propre… Le Devin devient presque un passeur, un « medium » entre ce monde et l’Au-delà. Les moyens aussi pour apercevoir les évènements futurs n’étaient pas totalement aseptisés : si les gentils Augures observaient le vol des oiseaux pour en tirer des présages, les Aruspices prophétisaient en fourrageant dans les entrailles d’animaux sacrifiés. Bref, le croisement entre les anciens et les modernes nous a donné un stéréotype de devin, un personnage mystérieux et attifé de manière improbable, marmonnant des mots obscurs.

Johann_Heinrich_F_ps_C3_ps_BCssli_063.jpgNous avons une conviction profonde : le progrès n’est que technologique, l’homme est aujourd’hui le même qu’il y a quelques centaines ou milliers d’années. Il dispose d’une panoplie de moyens et connaissances de plus en plus étendus et puissants, mais ses pulsions fondamentales demeurent  toujours les mêmes. Il règne sur l’espace, domine les éléments, mais le temps ne s’est pas laissé apprivoiser. Si les moyens d’investigation du passé sont de plus en plus perfectionnés et depuis un siècle nous pouvons revivre les évènements révolus grâce à l’audiovisuel, pronostiquer l’avenir est encore dans le domaine du pur hasard. Certes, la technologie nous permet de connaitre les mouvements des nuages et des vents et de savoir avec une certaine avance si le week end sera ensoleillé ou pluvieux ; en revanche les agissements purement humains sont toujours ouverts à toute sorte d’inconnues. Le fait que la Science et les Lumières aient démontré toute l’inanité des superstitions et que les devins ne sont que des imposteurs n’a pas suffi à déraciner le désir de l’être humain de connaitre l’avenir. Tout simplement, il pare cette recherche des habits de la Science et la dote d’un corpus d’attributs technologiques (cela nous fait penser un peu à la définition du magnétisme selon Ambrose Bierce : nom de l’hypnose avant qu’elle ne s’habille élégamment, voyage en carrosse et dine avec la Crédulité). Les devins ont disparu, place aux sondages !

Cette longue introduction nous a paru amusante avant d’arriver au sujet qui a suscité cet article : les sondages qui témoignent d’une fulgurante ascension de Marine Le Pen dans les intentions de vote et la bruyante polémique qui en suit. Il n’est pas de notre volonté d’émettre un jugement de valeur sur Mme Le Pen ou sur son programme politique. Toute prise de position indignée, moralisatrice et pédante à ce sujet cache la réalité de la situation : si 20, 25 ou 30 % des français se disent prêts à voter pour elle lors de l’élection présidentielle de 2012, cela signifie que ses opinions, son programme, ses idées plaisent aux électeurs. Bien évidemment, cela ne plait à personne dans les rangs des partis traditionnels, habitués à considérer le deuxième tour de l’élection présidentielle comme une partie d’échecs entre deux respectables représentants de l’ordre établi. Il est donc plus aisé de rejeter la faute sur les sondages (ah, ce cri de désespoir : « faisons mentir les sondages ! »), sur leur supposée manque de scientificité, sur leur utilisation arbitraire, sur leur recherche du fait sensationnel qui prime sur l’analyse des motivations…

Tout cela nous laisse fort sceptiques, et pour deux raisons. La première (sujet avec lequel nous avons démarré l’activité de ce blog) est la croissante désaffection de l’électorat occidental pour les propositions des partis politiques traditionnels en faveur de partis politiques aux positions et au verbe plus marqués et moins obséquieux du politiquement correct. Les sondages ne font que confirmer un mouvement de fond constaté en plusieurs pays, notamment l’Italie et les Etats Unis, où la Ligue du Nord et les Républicains des Tea Parties ont conquis la majorité au Parlement. D’autre part la critique des sondages, de leurs méthodes et de leur utilité nous semble tout à fait gratuite : si un résultat « politiquement acceptable » en était ressorti, c'est-à-dire un duel serré entre droite et gauche classiques, personne ne se serait étonné. Le fait de voir un équilibre préconçu menacé pousse les partis en danger à réclamer l’encadrement et la reforme, voir une mise sous contrôle accrue, des sondages. Une attitude qui démontre une grande maturité, telle celle du malade qui casse le thermomètre qui mesure sa fièvre ou celle de l’ancienne femme fatale qui voile les miroirs. Brûler vivant le devin importun, décrédibiliser le sondage qui annonce la défaite… Les bonnes vieilles méthodes ne s’oublient pas.

Pourtant Marine Le Pen n’est pas un black swan (expression fort suggestive qui indique en statistique un évènement tellement improbable qui ne peut pas être prédit, comme par exemple les attentats du 11 septembre 2001). Son ascension n’a rien d’exceptionnel, les signes avant-coureurs n’ont pas manqué. Accuser les sondages équivaut à déconsidérer les intentions de vote des électeurs, et ceci est toujours contreproductif. Le Front National est en train de quitter son rang de parti d’extrême droite protestataire et violente pour devenir un parti de droite traditionnaliste et nationaliste. Puis la transformation poursuivra, jusqu’au jour où sa présence au deuxième tour ne sera plus l’objet d’un débat passionné. De toute façon, si tel devait être le cas en 2012, ce ne serait que le jeu de la démocratie et la faute (si tant est qu’on puisse parler de faute) d’une droite et d’une gauche « les plus bêtes du monde ».

 

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25 février 2011 5 25 /02 /février /2011 23:25

Fragments d’un discours haineux

Alors que la fin de son règne s’annonce comme le personnage a toujours été, violente etvecchio-della-montagna.jpg sanguinaire, l’autoproclamé Colonel Kadhafi (nous nous interrogeons à propos de quel sursaut de modestie l’a empêché de s’octroyer le grade de Général…) sombre dans les divagations délirantes de tout dictateur aux abois. Retranché dans son bunker tripolitain, fantôme de lui-même, il n’est plus que la marionnette et l’épouvantail brandi par une cohorte des courtisans qui ont désormais tout à perdre, in primis leur vie.  Tel Adolf Hitler enterré vivant dans le sous-sol de la Chancellerie, il profère des menaces à l’encontre de ses ennemis, enfermé dans un délire qui le pousse à se croire encore indispensable et à imaginer que la victoire finale est à portée de main. La farce sanglante est à son terme, le rideau (vert ?) va tomber dans les prochains jours. Kadhafi disparaitra : pendu par une foule déchainée, suicide, assassiné par sa propre garde, ou alors littéralement disparu sans laisser de traces, peut-être celle-ci la solution la plus probable. En revanche, il est presque inconcevable de l’imaginer dans le banc des accusés, tel Saddam Hussein. Nous ne croyons pas que Kadhafi fera encore partie des vivants d’ici la fin de la semaine prochaine.

Revenons aux dernières apparitions publiques du Colonel. D’abord on a vu un retraité armé de parapluie qui semble s’étonner du boucan provoqué par des voisins indélicats. Puis on voit une espèce de prêcheur presque momifié, enveloppé dans une cape couleur bronze, éructant des malédictions, doigt menaçant brandi vers le ciel, en puisant son inspiration dans son Livre Vert. Troisième acte : voix désincarnée qui appelle à la guerre totale (et du fait de cet absence, toute la planète commence à l’imaginer déjà mort, son entourage se cachant derrière un cadavre comme lors de la mort de Franco). Et, dernier rebondissement au moment où nous écrivons, le voilà debout sur les murs de Tripoli, en haranguant la foule. Dans ce galimatias funèbre, nous avons quand même retenu une information intéressante, un parallèle fort curieux.

Kadhafi croit (ou veut faire croire, ce qu’est la même chose) que l’insurrection libyenne est le fait de Oussama Ben Laden, lequel aurait administré de la drogue à des jeunes naïfs de Benghazi et Tobrouk, les privant de leur volonté et les réduisant en son pouvoir. L’idée de s’en prendre à Ben Laden, ennemi numéro un de l’Occident, est stratégiquement plausible, elle essaye de reproposer la situation de 1945, où les Alliés vainqueurs se retrouvèrent face à une Union Soviétique rendue redoutablement puissante suite à la défaite du Troisième Reich. Plus intéressant à nos yeux l’habillage que Kadhafi fournit à ses affirmations : il ne parle pas d’agents provocateurs, de puissances étrangères, de services secrets. Il puise directement son inspiration dans l’un des mythes du monde musulman (vu par les Européens) : le Vieux de la Montagne et les Assassins.

Entre légende et Histoire, les faits ne sont pas très clairs, mais la version la plus connue de ce mythe ressemble fortement aux divagations du triste sire de Tripoli. Le Vieux de la Montagne avait son royaume quelque part en Syrie. Chef spirituel, politique et militaire, il disposait d’une armée de ce qu’on pourrait appeler des agents secrets ante litteram, capables de se faufiler près de n’importe quel ennemi et le tuer rapidement et impitoyablement. Pour entretenir la fidélité absolue de ses sbires et  en faire des machines à tuer sans états d’âme, il parait que le Vieux les nourrissait de drogue, du haschisch pour la précision, dont le nom sous lequel l’allègre brigade passa à l’Histoire : les Assassins.

Les Assassins et le Vieux de la Montagne hantèrent les rêves des Croisés, et depuis leur carrière fantasmée n’a cessé de continuer, parallèle oriental des Templiers, se retrouvant dans la généalogie imaginaire de toute société secrète. Les Assassins devenaient ainsi, pour l’Occident, la personnification d’un Orient menaçant et dangereux, "de tout ce qui attaque, tout ce qui combat, tout ce qui mord, tout ce qui griffe, tout ce qui scalp, tout ce qui hurle, tout ce qui rugit", tout ce que le grand Tartarin de Tarascon attribuait à des terribles et pas très bien identifiés « Ils »…

Oui, nous vivons vraiment dans un Village Global où la pensée originale se perd de plus en plus au profit des stéréotypes formatés, si même un dictateur qui se voulait tiers-mondistes accuse de sa chute imminente des personnages qui ne défigureraient pas dans un blockbuster américain.

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