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22 février 2011 2 22 /02 /février /2011 20:39

Ou comment les meilleurs alliés des conservateurs sont parfois là où on ne l’imagine pas

Généralement, étant conservateurs,  à l’occasion des échéances électorales auxquelles nous sommes conviés, nous déposons dans l’urne le bulletin correspondant à l’option de droite. De la même façon, quand nous sommes cantonnés à un rôle d’observateur pour des élections étrangères, nous nous sentons plus proches des candidats conservateurs. Certes, entre le bleu et le rouge, notre choix naturel se portera toujours sur le premier ; cela toutefois n’est qu’une profession de foi générique. Notre sensibilité conservatrice ne nous oblige pas à nous scléroser dans une position prédéfinie, à faire allégeance à un dogme immuable. En paraphrasant Cyrano dans sa dernière tirade, nos ennemis sont le populisme, la démagogie, le nivellement par le bas. Nous détestons le jacobinisme et la jacquerie, mais aussi le fondamentalisme et l’obscurantisme. Nous sommes des esprits libres, nous n’avons pas de carte d’un parti. Nous choisissons au cas par cas.

Conservateurs, certes.  Amoureux des idées aussi. Idéalistes non. La politique est l’art du possible, ses répercussions sur la réalité sont concrètes, nous préférons le vote utile au vote protestataire.

En 2012 aura lieu l’élection présidentielle en France. Indépendamment de celui qui en sortira gagnant, la 5ème République ne connaitra pas des bouleversements majeurs, seule la politique quotidienne subira quelques modifications, mais ce sont ces dernières qui vont  influencer le plus profondément la vie des Français.  Ainsi, il est souhaitable que, au-delà du clivage historique entre la Droite et la Gauche, le pays soit gouverné par un statiste capable et préparé.

Si la candidature de Nicolas Sarkozy semble acquise à Droite, ainsi que sa présence au deuxième tour, le choix du candidat de Gauche (si tant est qu’il y ait une Gauche unique) n’est pas arrêté, ni le fait s’il saura se maintenir en lice jusqu’au deuxième tour. Pourtant, dans un pays qui aime les duels et les tournois, le candidat idéal se tient tout prêt. Candidat idéal pour la France, non pas parce que étant meilleur que Nicolas Sarkozy, mais parce que le seul à posséder avec le président sortant l’envergure pour accéder à l’Elysée. Nous parlons, évidemment, de Dominique Strauss Kahn.

Dominique-Strauss-Kahn-2Un homme trop indépendant pour plaire à son parti. Un homme trop érudit en économie pour avaliser les pires lubies soutenues par la gauche. Tout cela peut ratisser très large en politique, capter des voix du centre mais aussi de la droite. C’est naturel donc que, depuis son intervention sur la 2 de dimanche 20 février, la plupart des représentants de l’UMP se répandent en critiques  inattendues, car elles semblent viser l’œuvre du Directeur Général du FMI. Or, s’il y a une chose dont tout homme (et femme) politique de droite devrait se réjouir, est l’action plus que libérale du Fonds Monétaire International dans la gestion des crises financières. C’est naturel aussi que la gauche ne soit pas charmée de l’éventualité d’une candidature de DSK, ne serait-ce qu’aux primaires du PS. D’un côté, pour les éléments les plus extrémistes de la gauche, par ailleurs incapables de concevoir une politique économique sérieuse et dénués de toute chance de s’imposer électoralement, il incarne le Grand Satan libéral saigneur des peuples. De l’autre, il est en mesure de balayer l’inconsistance des propositions et des programmes des autres candidats, notamment ceux de la présidente de la région Poitou-Charentes.

Un homme trop indépendant, disions-nous. Un homme préparé et compétant. Un homme loin de la démagogie. Un homme qui peut conquérir des voix conservatrices.

Si Dominique Strauss Kahn sera le candidat de la gauche à la présidentielle, ce sera une chance pour la France. Nous le répétons, nous ne sommes pas de gauche et, probablement, nous nous opposerons au PS et à ses alliées pour encore longtemps, toutefois la présence de DSK est une garantie pour la France en Europe et dans le monde. Garantie que, si la Droite devait être battue lors du deuxième tour, le nouveau Président de la République ne déclencherait pas un grand soir fiscal ni social. Il y aurait certes quelques actes symboliques, des roses déposées sur des tombes, peut-être même des nostalgiques qui chanteront l’Internationale… Le « socialisme » de Dominique Strauss Kahn sera au socialisme ce que le New Labour de Tony Blair était au Labour de Arthur Scargill. Ce sera la continuation d’un politique libérale dans un contexte mondial globalisé. La refuser, s’ancrer dans les idéologies passéistes prônées par MM Mélenchon et Besancenot, serait ouvrir la porte au déclin.

Il y a une vingtaine d’année, nous eûmes l’occasion de discuter brièvement avec l’un des députés de l’Assemblée Constituante italienne, élue après la proclamation de la République, en 1946. Ce député, de sensibilité royaliste, nous confia que lui et d’autres représentants restés fidèles au Roi, s’interrogèrent d’abord sur l’opportunité de demeurer dans l’apparat d’un Etat qu’ils n’avaient pas voulu. Après brève discussion, le pragmatisme l’emporta… Le Parti Communiste, à l’époque, faisait peur, l’Union Soviétique étendait son ombre de la Mer du Nord à l’Adriatique, le risque d’un basculement de l’Italie était réel. « Nous décidâmes » il racontait, « que si vraiment nous devions vivre en république, autant que cela se fasse dans une république blanche plutôt que dans une république rouge », et ils entrèrent dans le jeu politique républicain sans remords.

La candidature de Mr Strauss Kahn est sans contexte une bonne nouvelle pour tous les conservateurs. Nous ne prendrons pas le train pour Bruxelles si, à 20h00 d’un certain dimanche, son visage apparaitra sur tous les écrans. Quant à voter pour lui, en revanche, rien n’est moins sûr.

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14 février 2011 1 14 /02 /février /2011 21:55

Ou l’éternelle victoire des classes moyennes

sphinx-memphisL’évènement géopolitique et diplomatique de l’année est sans contestation aucune la succession de crises rapides et, tout compte fait, assez pacifiques qui ont porté à la chute, à quelques semaines l’une de l’autre, de Zine Ben Ali en Tunisie et de Hosni Moubarak en Egypte. La comparaison est aisée avec les évènements qui suivirent en Europe de l’Est la chute du Mur de Berlin : des situations qui paraissaient immuables, des régimes autoritaires s’effondraient l’un après l’autre sans violence ni drames (à l’exception de la Roumanie). 2011 pourrait bien passer à l’histoire comme le 1989 du Proche-Orient.

Pour les nombreux amants inconditionnels de la Démocratie (nous ne pouvons pas nous empêcher de tracer une similitude entre ces idéalistes et les adorateurs des courtisanes de la Belle Epoque, capables d’immenses sottises pour un geste de leur belle) il s’agit là du réveil de la conscience des peuples, du triomphe de la lumière et de la justice. Ils arrivent même à se demander pourquoi une si belle aventure, des si généreuses manifestations de rue ne pourraient pas arriver chez nous et obtenir le même résultat. Combien de ces altermondialistes plus au moins de bonne foi n’ont pas rêvé depuis quelques semaines à des grandes protestations, à des marées humaines contestataires dont la supposée force morale serait-elle en mesure de pousser à la démission le pouvoir exécutif (pour les néophytes du droit constitutionnel, nous rappelons que le pouvoir exécutif est constitué du Président de la République et du Gouvernement, au moins pour ce qui concerne la France) ? Un petit exercice de mise en perspective s’impose, tant du point de vue historique que politique.

I – Révolution : mon amour, ma déchirure.

Que n’en déplaise pas à tous les apprentis révolutionnaires bien au chaud dans le ô combien sinistre régime parlementaire occidental, mais jamais une révolution ne fut un mouvement de peuple. Les braves « prolétaires de tous les pays » ne se sont jamais unis spontanément pour marcher vers un lendemain qui chante, mais ont toujours suivi des meneurs appartenant aux classes aisées. En fin stratèges, ces derniers savaient que les batailles se gagnent grâce à une infanterie prête à tous les sacrifices aux ordres de ses officiers. Preuve parmi toutes : la Révolution Bolchevique de 1917 en Russie, sinistre évènement célébré comme le triomphe du prolétariat, fut dirigée par des rejetons de la bourgeoise russe. Cherchons plus loin sans changer de pays : au 19ème siècle, toute velléité insurrectionnelle était le fait d’aristocrates en rupture de ban, tel le prince Kropotkine, qui était anarchiste.

Une fois mise en exergue cette vérité historique, interrogeons-nous sur l’origine des révolutions ? Quelle-est l’étincelle qui pousse les gens à sortir de chez eux, monter des barricades, essuyer quelques tirs et renverser (ou au moins essayer) un régime ?

Il y a deux types de révolution qui réussissent : celles qui portent au pouvoir une classe moyenne qui en était écartée et celles causées par la défaite militaire du régime en place.

Parmi les révolutions de la première catégorie on peut compter :

 

-          La révolution américaine de 1776,

-          Les révolutions françaises de 1789, 1830 et 1848,

-          Le renversement des régimes communistes en Europe orientale à partir de 1989.

Font partie de la deuxième catégorie :

-          les «révolutions » allemande et autrichienne de 1918,

-          la révolution russe de 1917,

-          la révolution portugaise de 1974 (dite : « des œillets »).

L’embrasement du peuple, l’émeute plébéienne et vengeresse chère aux gauchistes n’est pas inexistante, loin de là. Toutefois, des tels évènements n’ont jamais dépassé le stade de la protestation violente et désorganisée, vouée à l’échec. Récemment nous avons cité (article du 24/01/11) la célèbre phrase de Georges Clemenceau : « la guerre est chose trop importante pour la laisser aux militaires ». Nous affirmons aussi, sans crainte de déplaire et sur la base de l’analyse de l’histoire, que les révolutions sont trop importantes pour être laissées aux mains du peuple. Pour réussir une révolution doit non seulement être guidée et canalisée mais aussi (rendons hommages aux divinités du marketing) répondre à un besoin. Pour quelle raison, nous nous demandions tout à l’heure, des braves gens vont-ils prendre des risques considérables ? Dans le cas des révolutions « économiques » (la première catégorie), il s’agissait de rééquilibrer la société entre les détenteurs du pouvoir économique et de l’apparat productif par rapport à un pouvoir politique sclérosé et dépassé. Dans les trois exemples cités, le moteur des révolutions furent la bourgeoise et la classe moyenne qui s’emparèrent du pouvoir politique. 

La dynamique des révolutions liées à la défaite militaire du pouvoir en place (deuxième catégorie) est différente. Il s’agit à l’origine de régimes qui représentent la société et bénéficient d’une reconnaissance et adhésion légitimes. Qu’on ne vienne pas nous conter la fable des  empires tyranniques balayés par la victoire alliée de 1918 ! La vie dans les terres du Tsar, du Kaiser ou de l’Empereur n’avait rien  à envier à celle qu’on pouvait vivre en France, Italie, Angleterre ou Etats Unis. Leur chute soudaine fut l’effet de la débâcle de leurs armées qui ébranla le fondement constitutionnel de l’état permettant à des forces d’opposition ultra-minoritaire de prendre le pouvoir. Dans le cas de la Russie, de plus, la révolution léniniste fut favorisée largement par les services secrets allemands, trop désireux de clore à leur avantage le front oriental. Quant à la révolution des œillets, elle fut le résultat de la lassitude de l’armée portugaise suite à la perte des colonies africaines.

En dehors de ces deux typologies, il n’y a que des vains pronunciamientos et d’émeutes populaires, qui ne conduisent à rien d’autre qu’a des inutiles effusions de sang et ne changent rien du tout.

II - La voix de la rue

Il est malheureusement à la mode de s’extasier sur les mouvements de protestation populaire et leur corollaire habituel de manifestations de rue. Dans les pays où l’abstentionnisme lors des échéances électorales  révèle un profond désintérêt pour la vie politique, nombreux sont ceux qui survalorisent la vox populi et n’hésitent pas à manifester bruyamment. Plus d’une fois, nous avons entendus des propos tels que : « le gouvernement doit entendre la rue », « le peuple manifeste son mécontentement » et d’autres inepties issues plus ou moins inconsciemment de l’esprit soixante-huitard. Ce qui relève du paradoxe est que les auteurs de ces petites phrases s’affichent comme étant des grands démocrates et des partisans irréductibles de la volonté populaire. Qu’ils réfléchissent un peu à l’absurdité de leur opinion ; si cela ne leur apparait pas évident, nous allons leur apporter quelques éléments pour les aider.

Nous vivons dans des démocraties parlementaires. Cette forme institutionnelle est de toutedaumier1834 évidence la moins pire possible (comme le disait déjà Winston Churchill), puisque elle allie la nécessaire autorité et organisation de l’Etat avec la participation des citoyens dans des conditions d’égalité aux décisions et choix politiques. Dans les démocraties parlementaires, les électeurs votent, élisent un parlement et le parti ou la coalition qui conquiert la majorité des voix gouverne. Certes, cela a un prix, nécessite un compromis : la partie gagnante gouverne tandis que celle perdante se voit reléguée à l’opposition (qui se prétendra toujours constructive et vigilante, quitte à critiquer l’exécutif systématiquement et souvent sans discernement). Ce système politique, qui bien sur provoque inexorablement le désespoir des vaincus et de leurs électeurs au lendemain des scrutins, est le seul rempart contre les deux ennemis de la liberté : la tyrannie et l’anarchie. Si des fleuves de paroles se déchainent contre la tyrannie, l’anarchie jouit en revanche d’une certaine bienveillance ou plutôt d’un biais plus compréhensif. Dans sa passionnante biographie de Francisco Franco (« Les temps de Franco »), Michel Del Castillo ne cache pas la brutalité du régime franquiste ni les exactions commises pendant la guerre d’Espagne, toutefois il pointe du doigt le fait que des actes barbares comparables, commis par les républicains, furent occultés ou tolérés par les intellectuels occidentaux, les mêmes qui n’hésitaient pas à condamner avec véhémence les nationalistes.

Fort heureusement, l’Europe ne connait plus de tels déchirements, toutefois cette malsaine bienveillance pour les intempérances de la protestation populaire demeure vive. Il suffit d’une grève contre une réforme proposée par le gouvernement (légitimement et légalement élu) pour que des braves gens disent publiquement tout le bien qu’ils pensent des grévistes. Ces candides ne s’en rendent certainement pas compte, mais ils se transforment ainsi en chantres de la violence et de l’arbitraire. Récapitulons : le suffrage universel permet à tout citoyen de voter. La majorité parlementaire qui gouverne a donc le droit et le devoir d’appliquer son programme électoral, au moins dans ses grandes lignes (tout peut arriver en cinq ans…). Or, ne pas accepter cela, exalter la voix de la rue face à celle des représentants élus est bel et bien un déni de démocratie. C’est le rôle de l’opposition de faire entendre le point de vue et les opinions de la partie de la population qui ne se reconnait pas dans le gouvernement. Elle doit alors faire preuve de sagacité, de force de persuasion, de puissance et subtilité de son lobbying pour arriver à piquer des voix à la majorité et la battre lors des votations au parlement. Celle-ci est sa mission, non faire appel à la rue, aux grèves. La rue n’a pas le droit d’entrer dans le débat politique, tout comme ce droit n’appartient pas, par exemple, à l’armée. Laisser libre voix à la rue, lui permettre de faire reculer le gouvernement équivaut à délégitimer toujours un peu plus les institutions de la démocratie parlementaire. Encore une fois l’Histoire nous vient en secours : l’affaiblissement des démocraties libérales parlementaires dans l’Europe des années Vingt du siècle dernier ouvra la porte aux dictatures.

III – La Méditerranée au milieu

La situation de la Tunisie et de l’Egypte était en revanche totalement différente. En l’absence d’un  régime parlementaire établit sur des règles de suffrage universel, les gouvernements en place se sont exposé à des violentes contestations de la part d’une considérable partie de la population exclue de la participation aux choix politiques. Dans ce cas, on ne peut qu’admettre la légitimité des manifestations des rues (en revanche, bis repetita iuvat, celles-ci n’ont aucune légitimité dans une démocratie parlementaire).  De plus, le nerf de ces protestations était une classe moyenne émergente exclue de l’exercice du pouvoir. Cela, pour les raisons historiques énoncées précédemment, a entrainé l’inéluctable changement de régime.  

Ben Ali et Moubarak font désormais partie de l’histoire de leurs pays. Il n’est pas exclu que les troubles se propagent à d’autres pays du Proche Orient ; les équilibres géopolitiques vont connaitre des mutations. Toutefois ces évènements, en tant que tels, resteront circonscrit dans une zone géographique et culturelle déterminée.

La vague ne franchira pas la Méditerranée, elle n’atteindra pas les fondements des systèmes politiques occidentaux. Cela parce que depuis des siècles le monde occidental, nonobstant quelques sombres parenthèses totalitaire au 20ème siècle, a choisi la voie de la démocratie parlementaire.  Donc la révolution n’a pas raison d’être et n’aura pas lieu.

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9 février 2011 3 09 /02 /février /2011 22:03

Le titre français, bien qu’en étant la traduction littérale, n’a pas la même force que celui anglais. « Le discours d’un roi » pêche par ce « un » qui en brise la dynamique. « Quel roi ? » pourrait-on se demander… La centralité de la fonction souveraine se trouve banalisée par cet article qui la précède (nous n’irons pas jusqu’à y voir  une sournoise manouvre jacobine antiroyaliste, mais…) tandis  que la version originale, The King’s Speech, s’impose dans sa clarté : c’est le discours du Roi. Subtilités linguistiques mises à part, l’autre titre du film pourrait être My Fair King… Comment ne pas être tenté de comparer les efforts de George VI pour vaincre son bégayement grâce à un professeur aux méthodes originales avec la parabole d’Eliza Doolittle / Audrey Hebpurn en duo avec le professeur Higgins / Rex Harrison ? The King’s Speech montre la famille royale d’Angleterre dans toute sa simplicité et humanité, irrésistible la présence d’esprit de la Reine Elizabeth (la célèbre Queen Mum ) / Helena Bonham Carter lorsqu’elle explique avec candeur qu’on peut l’appeler « Votre Majesté… ».  The King speaks, God save the King !

 tksThe King’s speech, de Tom Hooper, avec Colin Firth, Helena Bonham Carter, Geoffrey Rush

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5 février 2011 6 05 /02 /février /2011 20:50

9782246738510.jpgComme dans toute biographie de l’un des grands vieux de notre histoire récente, celle-ci même est, en quelque sorte, un hommage au monde d’hier. Antoine Bernheim représente une certaine idée de faire de la finance, quand cela était encore un art manié par des hommes plus près de la diplomatie que de l’ingénierie. C’était encore il y a quelques années, avant que des monstruosités telles que la gestion quantitatives où les produits dérivés dénaturent à jamais la noblesse du métier de la banque. Ainsi, ce livre a le mérite de reconnaitre et faire connaitre la stature morale et le rôle de l’ancien associé-gérant de chez Lazard... C’en est bien le seul, hélas. Voici un livre de journaliste, redondant de répétitions de phrases et de définitions stéréotypés, résultant sans doute d’une juxtaposition d’articles de presse parsemée de temps en temps d’un bon mot ou d’une fausse confidence

Pierre de Gasquet, Antoine Bernheim, le parrain du capitalisme français, Grasset.

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24 janvier 2011 1 24 /01 /janvier /2011 22:03

Promenade autour du mythe de la décision

13%20LABYRINTHE%20DE%20CHARTRES%20OMEGADe tout part l’être humain est pressé de choisir un camp, une bannière, une idée… Depuis le jour où le pauvre Adam naquit de son amalgame de boue et d’autres substances plus au moins divines, il ne fut seulement doté d’une compagne un peu étourdie qui ne savait pas fermer la porte aux VRP aux méthodes intrusives (et oui, tel était le métier du Serpent !) mais aussi d’un fardeau noble et lourd à la fois : le libre arbitre. Cette merveilleuse invention des théologiens leur a permis, après s’être efforcés de construire des minutieuses et détaillées cosmogonies, d’expliquer pourquoi tant de perfection divine ne se traduisait pas immanquablement par l’instauration du paradis sur terre, mais par la perpétuation de désastres et misères qui font le lot de l’humanité depuis toujours. Où était-il donc le grain de sable ? Mais dans le libre arbitre, faculté donné à l’homme de se comporter comme un enfant dissipé qui, face aux prescriptions d’un adulte bienveillant, persiste dans ses caprices… Situation hautement difficile à comprendre, car un peu contradictoire avec l’idée d’un Seigneur tout puissant. L’invention du libre arbitre serait-elle la toute première et inconsciente concession de la pensée religieuse au politiquement correct ou un escamotage d’une rare subtilité pour évacuer la trop lourde responsabilité d’un supposé créateur ?

Nous ne sommes pas animés d’une quelconque sensibilité religieuse : prêtre, pasteur, rabbin ou imam n’ont pour nous aucune signification. Cela ne veut pas dire que nous sommes des rustres matérialistes : la religion n’a pas le monopole de l’esprit.  Notre but, en écrivant les lignes ci-dessus  n’est pas de traiter de religion ou de spiritualité, mais d’indiquer quel est le mythe fondateur (thème sur lequel nous reviendrons peut être pour une prochaine chronique) de notre sujet : la prise de décision.

Cette terrible condamnation nous tombe dessous presque dès la naissance, alors que les tout-jeunes parents s’affrontent peut être sérieusement pour la première fois depuis le commencement de leur vie de couple : comment va-t-on l’appeler ? Deux clans familiaux s’affrontent, prélude de toutes les dissensions à venir dans les années suivantes, comme si le fait de nommer le rejeton relevait d’une importance stratégique.  Voilà, nous sommes nés et on a déjà causé une dispute autour d’un choix… Ça va continuer.

La suite n’est pas plus prometteuse… Nous avons assisté récemment, dans un état mélangeant au départ la curiosité et l’amusement, pour ensuite se transformer rapidement en agacement et ennui, à un déjeuner familial où une bonne dizaine de personnes débattait sur les futurs choix scolaires d’un jeune membre de la famille… Ce qui nous a le plus déroutés, est que ledit personnage devrait, d’ici quelques mois, choisir une filière d’études qui lui ouvrirait les portes d’un métier. Idée certes louable des parents qui veulent rentabiliser leur investissement, mais quelle tristesse à l’idée que à moins de 18 ans on va être obligé de choisir une voie qui conditionnera toute une vie… Que va-t-il sortir de tout cela ? Que le jeune homme en  question, sauf s’il est pourvu d’un don pour un domaine bien spécifique ou d’une opiniâtreté à toute épreuve, finira par choisir (ou être obligé de choisir) une formation qui lui fera miroiter un poste dans les rangs du salariat… Nous lui souhaitons bonne chance. A même titre, nous avons été chagrinés, un jour, en entendant parler à la radio d’une formation pour des jeunes qui se consacrent à une carrière « dans le domaine de la logistique… ». Déjà nous détestons le verbe « consacrer », qui nous rappelle des pauvres moutons égorgés sur les autels des divinités païennes, ensuite, et là c’est notre fibre d’inoxydables rêveurs qui prend le pas, qui peut décemment à vingt ans envisager avec passion une vie comme responsable de la logistique ? Cela nous rappelle un peu l’affirmation selon laquelle être de gauche à vingt ans et de droite à quarante relève du champ de la normalité, tandis que le contraire frôle l’imbécilité… Nous parlons certes par parti pris, mais un généraliste dilettante fera toujours moins de dégâts qu’un spécialiste obnubilé par son savoir.  N’était-il pas Clémenceau qui disait que la guerre est chose trop importante pour la laisser aux militaires ?

Revenons à notre sujet. Après le prénom, choix pour lequel nous n’avons pas eu notre mot à dire (et estimons nous heureux si on n’est pas marqué à feu pour la vie d’un importable Kevin ou Jessica…), le choix des études supérieurs nous est tombé dessus… Alors qu’on sort de l’adolescence, qu’on rêve d’horizons illimités et d’océans de possibilités, voilà des sinistres palmarès de prépa et d’écoles de commerce et d’ingénieur qui nous font penser plutôt à des sectes que à des gymnases intellectuels. Mais nous n’avons rien comprit, évidemment. Ces cursus-là ouvrent la porte à la reconnaissance suprême : faire partie du cercle des décideurs….

L’horrible néologisme (qui va de pair avec l’atroce verbe « solutionner ») est une créature de la fin des années Soixante. Sa naissance, comme synonyme de personne exerçant une responsabilité, en cette époque-là même n’a rien d’hasardeux. Ce sont les années de la technocratie triomphante, mais aussi d’un bouleversement général du système de valeurs de la société occidentale. Dans les époques précédentes il suffisait de nommer une fonction pour savoir où résidait le pouvoir (dont celui de décider) ; dans l’époque post-contestation ce pouvoir migra ailleurs, certaines fonctions étant vidées de leur substance et de leur autorité. Mais si on regarde bien le passé, le pouvoir de décision et son exercice ne furent jamais des actes clairement et sans contestation attribués à quelqu’un. Les flots d’ignares pour qui l’Histoire ne fut que source de bâillements à l’école imaginent Louis XIV et tout monarque de la même époque tel un despote de Mille et Une Nuits, régnant sans partage sur des sujets apeurés. Enorme erreur. Dans des pays complexes et articulés comme les nôtres, la politique souveraine était le fruit de négociations, pourparlers, convocations de parlements… Lever une armée nécessitait des tractations épuisantes pour lever les fonds nécessaires auprès des villes, des corporations des métiers, etc… « L’Etat c’est moi » n’a rien à voir avec le despotisme. Seuls les admirateurs d’Angélique Marquise des Anges peuvent croire cela.

Donc, si même le Roi de France ne disposait pas d’une latitude absolue dans ses prises de décisions, que dire alors des décideurs actuels ? Que décident-ils vraiment ? Qui veut s’arroger seul le pouvoir d’un choix ? Nous ne rencontrons plus des décideurs, mais des validateurs de décisions… Celles-ci sont prises par des comités qui analysent des notes, préparés par des semi-décideurs qui rédigent trois ou quatre scénarios alternatifs, se remettant à la décision d’autrui… Plus on y réfléchit, plus on croit que le décideur est devenu un animal chimérique du marketing, peut-être même le fils prodige de la ménagère de moins de quarante ans (ayez le courage d’interpeller une trentenaire dans la rue en la traitant de ménagère de moins de quarante ans…).

Mais continuons. Mr et Mme Décideur vont partir en vacances… Troisième grande occasion de conflit, qui aboutira là aussi à deux semaines de bouderies puisque aucun n’est satisfait de la solution retenue… Encore un exemple de décision qui vire à la catastrophe.

Regardons du côté de la littérature. Que font les grands héros dramatiques ? Ils choisissent. On parle de choix cornélien, de passage du Rubicon, on se gausse de l’âne de Buridan… Si on a étudié le latin dans ses jeunes années, on a peiné pendant des heures sur des textes qui nous racontaient la fermeté morale d’un civis romanus qui tranchait avec l’impassibilité d’une lame en acier… Trancher, comme si on était boucher à l’étal. En France, d’ailleurs, lorsqu’on commença à trancher sérieusement ce fut en 1792, et ce ne fut pas très gai… Même les trancheurs finirent tranchés. Plus proches de nous, les affres de la décision ont été analysées et disséquées dans le bien connu Dilemme du Prisonnier

Pour terminer cette cavalcade séculaire à travers les mythes de la prise de décision, et pour rester dans un univers que nous pratiquons fréquemment, nous citerons les gérants des fonds qui, pour la plupart, pour éviter le blâme en cas de moins-values, s’accrochent à des stratégies  purement indicielles au lieux d’opérer des choix dits « directionnels ».

Voilà donc que nous avons avancé autour de notre sujet pour nous rendre compte que prendre une décision est la chose la moins simple du monde, une fois évacuées les choix quotidiens de la cravate et des chaussettes…La prise de décision s’apparente dans la mythologie à une attitude de surhomme, les dictatures populistes du 20ème siècle s’efforçaient de nous proposer des modèles d’homme résolu à la mâchoire carrée et à la décision rapide et impitoyable. On sait ce qu’elles sont devenues et ce qu’elles ont causé.

Le temps de terminer ces lignes approche. Comme nous l’avons souvent constaté, la douceur de vivre consiste souvent en la possibilité de s’extraire des contingences de la vie, pour en savourer la légèreté. Le véritable luxe, dans un monde de choix binaires imposés, ne serait-il de ne pas choisir ?

 

 

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21 janvier 2011 5 21 /01 /janvier /2011 22:05

Ou les aventures égrillardes d’un satrape vieillissant

Silvio Berlusconi, le Cavaliere, chef du gouvernement italien, se veut conservateur, mais il n’en est rien ! Etre conservateur c’est tout d’abord croire, respecter et partager un système de valeurs fait de retenue, de modération, d’équilibre, de pondération. Le conservateur parle et agit après mûre réflexion, car il sait qu’un seul geste malheureux peut causer l’effondrement d’une œuvre bâtie au cours des années. Toutefois, un conservateur ne refusera pas une pensée innovante qui peut toujours bouleverser positivement un ordre établi ancien. Le conservateur n’est pas un rétrograde ni un arrièré.

Or, une fois précisé cela, il apparait que Mr Berlusconi ne peut s’honorer du qualificatif de conservateur : il est un profond connaisseur de la blague salace, plus digne de quelque nanar des années 70 que des palais gouvernementaux. Sa dialectique politique mélange pitoyablement l’insulte débraillée à la dénonciation hallucinée de complots imaginaires. Nous ne sommes pas des moralistes et peu nous intéressent les pratiques sexuelles des gens. Mr Berlusconi et ses amis (et berlusconi.jpgamies) peuvent faire exactement ce qu’ils veulent, mais avec une seule et unique limite : le faire dans la plus grande discrétion et réserve, ou alors s’en abstenir. Si à 74 ans le Président du Conseil des Ministres a des appétits et une vigueur dignes d’un troufion, nous en sommes heureux pour lui. Qu’il s’adonne donc à des joyeuses galipettes dans ce qu’on a toujours appelé à juste titre le secret de l’alcôve. Hélas, pris dans un tourbillon de frénésie érotique sénile, il se répand dans des festins qui ne défigureraient pas dans un film de série B sur les amours de Néron. Il s’en dégage une senteur pathétique de déchéance : que pouvons-nous penser d’un septuagénaire qui charge ses amis du même âge de rabattre des troupeaux de jeunes courtisanes ? Il n’est pas diffèrent de certains pathétiques retraités qui succombent d’amour pour une aide-soignante ambitieuse ou une jolie sans papier sans scrupules (voir à ce propos l’excellent film « Les invités de mon père » de Anne Le Ny, avec Fabrice Luchini, Karin Viard et Michel Aumont). Silvio Berlusconi se comporte en satrape, avec tout le cortège d’attitudes que ce mot entraine avec lui : mégalomanie, luxure, étalage de pouvoir et mise en exergue de ses oripeaux… Les adeptes du bon gout et des sciences politiques en frémissent.

Nous pourrions continuer à écrire encore longtemps sur les vicissitudes du Cavaliere, mais nous rencontrons une limite, infranchissable et définitive. Cela peut plaire ou non, cela peut étonner ou surprendre, mais Silvio Berlusconi est le chef d’un gouvernement issu de libres élections démocratiques, organisée dans un pays libre et démocratique. Les électeurs italiens ont voté en toute connaissance de cause ; les parlementaires lui ont renouvelé leur confiance. Il est légalement et légitimement apte à gouverner l’Italie, tant que les urnes n’enverront pas une autre majorité au pouvoir. Et personne ne peut rien y faire : c’est là toute la beauté et la limite de la démocratie.

 

Dans l'amusante image qui illustre cet article, nous voyons Mr Berlusconi, lors d’un sommet international où il représente l’Italie, faire le geste ô combien élégant qui signifie : « t’es un cocu » !

 

 

Encore une fois, une pensée reconnaissante à notre ami Le Chouan des Villes et à son blog, qui nous ont inspiré cet article.

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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 23:34

… ou l’on voit comment l’Histoire se répète et comment le dicton « à chacun son métier » est plus que jamais d’actualité

Lorsque on s’attèle à la rédaction d’un blog, lorsque tout fier on se complait dans l’idée d’avancer à petits pas dans une carrière d’ « opinion leader », on n’imagine pas l’ampleur de la tache qui va nous attendre… On commence à mettre en belle copie des idées et des pensées qui nous habitent depuis longtemps, puis on s’essaye à commenter un peu l’actualité… Et alors on connait les affres de la page blanche, on a des idées, des arguments, mais pas assez pour réaliser un honnête article d’un millier de mots. On finit par avoir envie de laisser tomber… Mais, comme dans toute romance, l’amour (de l’écriture, cela va de soi) triomphe et nous finissons par réussir l’alchimie de transformer la matière brute (les évènements) en prose.

 

 

1 – Le retour du capitaine

220px-Degradation_alfred_dreyfus.jpgChaque époque a ses cauchemars, ses enjeux, ses mythes… Essayons d’analyser grâce à un prisme historique cette prétendue affaire d’espionnage chez Renault dont toute la presse parle actuellement. Il y a l’un des symboles de l’industrie française, victime présumée des innommables agissements de (toujours présumés, le code pénal prévoit la présomption d’innocence tant qu’un jugement définitif n’a pas été prononcé)  cadres félons, au profit d’une (présumée !!) puissance étrangère, qui ne serait autre que la Chine (selon les suppositions les plus accrédités ou tout au moins les plus médiatisées et susceptibles d’exciter la soif de sensationnel du public).

La défense et la sauvegarde des intérêts économiques et industriels de la France (et de l’Europe) face à l’expansionnisme souvent agressifs des autres pays demeure un enjeu de première importance pour le gouvernement et les pouvoirs publics. Toutefois, la rapidité dont la presse (il faudrait dire « les médias », mais nous éprouvons une certaine nostalgie pour ce monde lointain où les vendeurs de journaux réunissaient le public autour d’eux, en criant « Edition extraordinaire ! L’Autriche mobilise ! ») s’est emparée du sujet et en a tiré des conséquences subjectives ne peut que nuire à la prudence nécessaire  à la conduction de l’enquête.

Le parallèle historique (flagrant pour les plus avisés) est avec l’affaire Dreyfus. Tout le monde en connait au moins les grandes lignes, ce fut la plus célèbre maladie de croissance de la Troisième République. Limitons nous à en pointer les similitudes : tout d’abord une institution de prestige, symbolisant la France et son rayonnement (l’Armée en 1894 et Renault en 2011). Cette institution est menacée (et par la  même occasion la France) par la supposée trahison d’un de ses éléments d’élite (un officier d’état-major, des ingénieurs)  qui, au profit d’une puissance étrangère qui catalyse tous les craintes et fantasmes (la Prusse et la Chine), aurait vendu des secrets de la plus haute importance (des projets militaires, dont les plans d’un nouveau modèle de canon ; des éléments de conception de la voiture électrique). L’histoire nous démontre que l’affaire Dreyfus fut une colossale manipulation. Dans l’attente de connaître l’évolution de l’affaire des Trois Ingénieurs du Technocentre, un peu de discrétion et de secret nous semblent de rigueur…


2 – Encore un adepte du Très Grand N’Importe Quoi

L’année n’a que 13 jours est déjà nous avons eu l’insigne plaisir de rencontrer un illustre adepte du Très Grand N’Importe Quoi, pernicieuse attitude qui consiste en s’autoproclamer expert d’une matière dont on ignore tout et en parler à tort et à travers avec un ton de prophète moralisateur. La seule consolation face à un spectacle si affligeant réside dans le fait que l’admirable langue française possède un mot partait pour le définir : cuistrerie.

Cette fois, le cuistre en question est Pierre Arditi. Nous ne prouvons aucun  plaisir à attribuer un tel titre à Monsieur Arditi, nous en sommes mêmes peinés, car nous apprécions le comédien et avons courus souvent l’applaudir au théâtre. Mais tout comme nous atteindrons un piètre résultat en calquant les planches, il en va de même pour l’illustre acteur quand il se transforme en analyste économique.

Mardi 11 janvier, en prime time sur France 2, Monsieur Arditi nous a servi une lectio magistralis sur la crise financière (dont le titre ô combien sobre était « Fric, krach et gueule de bois. Le roman de la crise ». Parfait pour un titre de San-Antonio…). Nous sommes convaincus que tout effort pédagogique pour expliquer aux français les mécanismes de l’économie et de la finance est le bienvenu, mais cela doit être fait d’une façon scientifique et non partisane. Hélas, le sympathique acteur brosse un portrait manichéen où on voit comme tous les maux qui affligent le pauvre monde ont été engendrés par deux Satan libéraux : Margaret Thatcher et Ronald Reagan.  Tout y passe : la crise des subprimes, la bulle Internet, Jean-Marie Messier et Lehman Brothers. Alan Greenspan est présenté comme un irresponsable et Jean-Claude Trichet n’apparait pas une seule fois. A la fin de l’émission, les rares spectateurs avertis soupirent d’insatisfaction tandis que les ignares n’ont guère progressé et demeurent dans leur ignorance. Une belle occasion gâchée. Seul Monsieur Arditi est content, en contemplant Paris d’en haut d’un toit. bonnet-d-ane

Mais puisque notre conservatisme se veut éclairé, et que l’amour des arts en est le corollaire, nous attendons avec impatience l’occasion de revoir Pierre Arditi sur scène et admirer son talent d’acteur.

 

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4 décembre 2010 6 04 /12 /décembre /2010 22:53

panique-a-wall-street.pngOu comment l’humaine bêtise n’a pas de limites

 

Lors de la création de ce blog, notre profession de foi a été de parler de tout ce qui pouvait nous interpeller, rendre curieux, amusés ou sceptiques, toujours sur un ton léger. Notre intention  n’était (et n’est toujours pas) d’être nullement moralisateur ou fustigateur des mœurs, pourtant l’actualité de la semaine qui vient de s’écouler est telle que, pour deux fois de suite, nous sommes confrontés à des abîmes de sottise. Et des telles inepties nous forcent à réagir.

 

Nous ne faisons pas partie de la très majoritaire tribu des amateurs de football. Les innombrables et interminables conversations d’argument ballonesque, lorsqu’elles arrivent à nos oreilles réfractaires, nous ennuient au plus haut point. Toutefois, notre curiosité pour les agissements humains nous conduit à observer ce déchainement de passion et connaissance avec l’œil du sociologue. Et nous constatons que derrière tout collègue de bureau, chauffeur de taxi, coiffeur ou inconnu à portée d’oreille se cache un entraineur compétent doublé d’un dieu du stade… dont toute la connaissance et la pratique du sujet se résume à des longues séances devant un écran plat (et les puristes du genre n’oublieront pas l’indispensable accessoire qu’est le pack de bières). Evidemment, quand un sujet passionne le public, tout le monde veut en être un connaisseur et pouvoir briller comme plus malin que le voisin.

 

Seul un ermite en méditation sur le sommet d’une montagne n’aurait pu s’apercevoir que depuis trois ans l’économie mondiale connait les infinis rebondissements d’une crise qui, après avoir privé des bons américains de leur sweet home trop chèrement payée, se délecte maintenant de la déliquescence des finances des pays de la zone Euro. Face aux évènements, un vaste aéropage fait de prix nobel, analystes et personnalités politiques s’est essayé de fournir des explications et de proposer des solutions, des plus raisonnables aux plus inconséquentes. Mais si le brave français moyen (spécimen devenu presque mythologique) ressent encore quelque scrupule avant de s’aventurer dans la formulation d’opinions financières, des énergumènes forts en gueule n’hésitent pas à se poser en maitres-penseurs moralisateurs. Nous parlons évidemment de Mr Cantona, qui se révèle être un penseur révolutionnaire à faire pâlir le pauvre Karl Marx. Son idée digne d’un génie est bien simple : retirons tout l’argent des banques et condamnons-les à l’asphyxie. Un tel projet impose une première constatation : Eric Cantona raisonne comme il jouait : avec ses pieds.

D’autre part, la proposition n’a rien de sérieux ni de praticable. Elle est la fille d’une absolue ignorance des mécanismes économiques et des conséquences d’actes irréfléchis. La course aux guichets à grande échelle ne pourrait provoquer qu’une brusque augmentation des vols d’espèces à la sortie des banques (mêmes les retraités ne se promènent plus avec leur magot en poche) et une déstabilisation de l’Euro… Cela veut dire que les braves cantonophiles, une fois retiré leur pécule, en verraient la valeur chuter soudainement. Mais malheureusement, le jacobinisme de l’exhortation frappe les esprits et des petits pyromanes altermondialistes et anticapitalistes rêvent d’allumer le bûcher pour bruler vive la méchante sorcière qu’est la finance. Mais, comme pour le phénomène WikiLeaks, la médiatisation cache le néant.

 

Cantona s’appelle à 20 millions de personnes. Or, mobiliser 20 millions de gens sur un projet économico-politique, même si grotesque et démagogique, reste une gageure. D’un tel score d’adhésion enthousiaste peu de leaders politiques en sont capables, exception faite peut être pour Laurent Gbagbo…

 Si on comptabilise les adhésions reçue par le groupe de soutien qui s’est créé sur Facebook (autre instrument indispensable pour exister en ce début de siècle), entre ardents et tièdes, il y a environ 485 000 personnes qui pourraient éventuellement répondre à l’appel (source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2010/12/04/cantona-va-t-il-faire-sauter-la-banque_1447286_3234.htmlsite). Nous nous sommes donc livrés à un petit exercice pratique pour quantifier le risque encouru par le système bancaire, en nous concentrant sur la France. Comme toute modélisation, nous avons fait recours à quelques simplifications, dont nous allons donner ci-dessous les détails :

-          Selon la Banque de France (www.banque-de-france.fr), le montant des dépôts à vue des ménages français est d’environ 270 milliards d’euros.

-          Le nombre de ménages en France est d’environ 26 millions d’unité en 2005, composés de 2,3 personnes en moyenne (www.insee.fr),

-          Ainsi, par souci de cohérence, on prendra en considération le montant des dépôts à fin 2005 : 230 milliards d’euros.

 

Avec ces éléments, si on estime que dans un ménage il y a deux titulaires de dépôts à vue, nous pouvons affirmer que le montant moyen de dépôts par personne est de 4479 euros. Ainsi si la totalité des personnes ayant manifesté leur intérêt pour la proposition de Cantona sur le groupe Facebook devait concrétiser son propos, le montant total prélevé dans les banques s’élèverait à un peu plus de deux milliards d’euros.  Deux milliards d’euros, un chiffre qui peut paraitre élevé, astronomique, mais qui est petit, très petit comparé aux volumes usuels dans le monde de la finance… Deux milliards pour faire trembler les banques ? Absolument pas, si on sait que les banques de la zone Euro déposent quotidiennement à la Banque Centrale Européenne quelques dizaines de milliards d’euros excédentaires, c’est à dire pour lesquels elles n’ont pas trouvé d’emploi plus rémunérateurs qu’un miséreux 0,25 % (cela s’appelle la « facilité de dépôt »). Un « trou » de deux milliards dans la caisse ne ferait que faire bouger de quelques peu les taux d’intérêt, et seulement pour quelques jours. Si Cantona voulait encore marquer, cette fois-ci il a raté son but.

 

Reste à savoir où vont-ils passer les deux milliards lâchés dans la nature. Mais cela n’est pas notre sujet.

 

Cet article est illustré par une photo issue de "the New York Public Library’s Digital Gallery, in the Irma and Paul Milstein Division of United States History, Local History and Genealogy : "A crowd forms on Wall Street during the Bankers Panic of 1907"

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29 novembre 2010 1 29 /11 /novembre /2010 22:20

vienne.jpgOu pourquoi les relations internationales ne sont pas un reality show

L’année se termine, la presse s’ennuie. La crise financière de la zone Euro n’intéresse que les spécialistes, la guerre semble ne pas vouloir éclater entre les deux Corées, les élections de mi-mandat aux Etats-Unis et le remaniement français ne sont plus qu’un souvenir, le dernier Harry Potter est enfin sorti sur les écrans, et il faut peupler les unes des quotidiens et l’ouverture des JT. Et soudain, ô divine surprise, un beau scandale politique globale construit de tout pièce qui met en posture difficile les Etats-Unis ! Les rédactions sont à la fête, ils vont vendre plus d’exemplaires ou récolter plus d’audience qu’avec un viol ou un infanticide.

Nous parlons, évidemment, de l’immense charivari qui est en train de naitre autour des pseudo-révélations inimaginables et fracassantes d’un site Internet qui n’affiche pas l’éthique parmi ses valeurs : WikiLeaks. Nous n’entrerons pas ici dans une analyse des motivations de ce site qui se dit d’information et de la personnalité de son mentor. Non, nous exprimerons simplement notre perplexité et notre écœurement face à une telle débauche de démagogie, qui trouve son pareil dans l’émerveillement béotiens de ceux qui découvrent les supposés extraordinaires informations, en réalité tellement banales. Fallait-il pirater les ordinateurs de la diplomatie de Washington pour savoir que Mr Berlusconi est un vaniteux érotomane, que Mr Sarkozy est assez autoritaire ou que Mme Merkel ne brille pas par son imagination ? Est-il une prouesse digne de Mata Hari révéler qu’Israël est très déterminé à se débarrasser de la dictature iranienne, ainsi que les pays du Golfe ? Si tel est le cas, les Brèves de Comptoir vont devenir des classiques étudiés à Sciences-Po.

Il existe malheureusement une certaine tendance à vouloir absolument tout exposer en public, les dernières années du 20ème siècle et la première décennie du 21ème ont vu la disparition de cette ancienne vertu si bourgeoise qui nous est très chère : la discrétion. La vie privée s’est mise en place, souvent volontairement. Se montrer tout nu (et pas seulement métaphoriquement), pleurer, s’égueuler et copuler devant les téléspectateurs semble être devenu un signe de reconnaissance sociale. C’est un spectacle pitoyable, non désolant, car il n’arrive pas à nous atteindre. Il ne s’agit au fond que de crétins livrés à eux même. Plus ennuyeux, en revanche, quand cette furie de tout savoir et de tout voir s’attaque à des domaines délicats comme la diplomatie.

L’action irresponsable de quelques hurluberlus libertaires et de leur chef mégalomane n’est significative que par l’écho que la presse mondiale lui donne en ce moment. Les diplomates des pays concernés sont assez chevronnés pour savoir quel est le ton des dépêches que leurs ambassadeurs envoient à la mère-patrie, personne ne s’en offusquera vraiment. Mais la sacro-sainte opinion publique, celle qui malheureusement croit tout ce qu’on lui raconte, tant qu’il satisfait son besoin ancestral de sensationnel, réclame sa partie de spectacle et donc nous voici devant le ballet des déclarations des différents ministres qui s’indignent ou minimisent. Dans une époque qui se croit moins naïve grâce à l’abondance d’informations sur Internet, nous assistons à une manipulation magistrale qui n’a rien à envier à la Dépêche d’Ems ou aux Protocoles des Sages de Sion.  

Pour les affaires diplomatiques, il faudrait suivre la règle d'or qui prescrit que pour rendre publics des affaires sexuels il faut tout révéler quand les principales parties prenantes sont mortes et enterrées. Alors seulement on pourra se délecter des anciennes aventures débridées de ceux qu'on a connu sous l'aspect d'une grande-mère très prude ou d'un oncle autant respectable d'aspect que libertin en secret.

Dans l’attente, la diplomatie doit rester dans le secret des chancelleries et des ambassades. Pour en connaitre tous les détails, il faut attendre qu'elle devienne Histoire. Et c'est bien ainsi.

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27 novembre 2010 6 27 /11 /novembre /2010 23:58

De l’art de s’habiller et d’habiller ses pensées

Noël approche et dans presque tout magasin a été dressé un petit comptoir réservé à la confection des paquets cadeaux. Nous aimons tous offrir et recevoir des jolis paquets aux belles couleurs et aux rubans bien noués. A nom de quoi, alors, la plupart de nos semblables se couvrent de frusques mal coupées, ternes et froissées ? Nous entendons déjà le chœur des fâcheux s’insurger contre notre superficialité et notre culte de l’apparaitre, convaincus comme ils le sont que « élégance » ne rime pas avec « intelligence ». Essayons de les éclairer un peu dans leurs abimes de ténèbres…

La véritable élégance est celle qui traduit dans le choix de ses vêtements sa propre façon de penser. Une pensée élégante correspond à un habillage élégant. Effectivement trop souvent les ignorants considèrent une mise correcte comme un signe d’attitude superficielle. Loin de là ! Un habit de qualité témoigne à la fois du soin qu’on porte à soi même et de l’amour pour les belles choses, pour les belles matières et le travail bien fait. Pour quelle raison l’homme intellectuel (ou que se dit tel) devrait mépriser les habits de bonne facture et s’habiller en clochard (comme par exemple le très controversé dernier prix Goncourt) ? Si telle est son attitude, voici démasquée sa véritable superficialité : pour donner du crédit à sa posture intellectuelle, il adopte une pose, il se doit de se présenter comme un ascète loin de l’attrait des vanités terrestres.

D’autre part, on ne peut que sourire avec indulgente commisération (nous avons  failli écrire « on ne peut que condamner », mais ce serait trahir l’esprit de légèreté de cet blog) des freluquets pour qui le beau vêtement n’est qu’une fin en soi. On remarquera par ailleurs que dits inoffensifs personnages ne font que « suivre la mode » fort dispendieusement, tandis que l’homme élégant habille son corps avec « style ». Et, si on veut aller encore plus loin : si toute expression humaine est considérée comme une matérialisation de l’esprit, il faudrait considérer l’élégance des vetements et du portement au même rang que les beaux arts, la musique ou la littérature. Pour revenir à notre opposition entre « freluquets » et « hommes élégants » : les premiers achètent ce que propose l’offre commerciale du moment, les seconds choisissent et souvent portent les mêmes types des vêtements (voir les mêmes vêtements) pendant une vie entière. dorville13

 

 

Nous avons nommé ci-dessous la notion de portement. Les suiveurs de la mode, si on les observes avec un peu d’attention, sont toujours un peu mal à l’aise : pour être « in » s’imposent des oripeaux souvent inconfortables (on observe alors des jeunes hommes au cou emprisonné par des monstrueux cols de chemises qui vont des oreilles aux épaules et des jeunes femmes en équilibre sur des talons aguilles leur donnant des allures de flamands roses…).

L’homme élégant est à l’aise et confortable dans un costume rayé en flanelle trois pièces ou dans un tweed rugueux car son corps habite son vêtement, car l’image qu’il offre au monde reflète celle de sa personnalité. Il ne recherche pas ce qui est nouveau ni ce qui « lui donne l’air de », mais ce qui correspond à la transposition visuelle de son âme. Il choisit son habit comme il choisit ses paroles. En revanche, l’adepte du « dernier cri » endosse sans discernement des habits imposés par les services  marketing des grandes chaines ou par les pages des hebdomadaires. C’est qu’il est encore plus embarrassant, il choisit ses opinions et ses pensées dans les talk show diffusé en prime time et ses mots et traits d’esprit ne sont que l’imitation des prouesses de quelques célébrités télévisuelles. L’originalité et l’affirmation de soi ne semblent pas être des valeurs très prisées.

Conscient du fait que nous sommes entré dans un débat subjectif qui risque de ne pas connaitre une fin, tant il est passionnel et basé sur des considérations de goût personnel, nous allons prendre congé, convaincus que sans élégance de l’âme, il n’y a que des « asini vestiti a festa » (savoureux dicton italien qu’on peut traduire par « des ânes endimanchés).

 Illustration : caricature de Noël Dorville : Le Marquis Boni de Castellane et Arthur Meyer

  

Cet article est né à l’origine sous la forme d’un commentaire à un article du blog « Le chouan des villes » que nous apprécions et recommandons.

 

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