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20 novembre 2010 6 20 /11 /novembre /2010 15:29

Singulière ouvrage que cet « Homme sacrifié » d’Allan Massie, surement inattendu pour les lecteurs français. Il s’agit en effet d’une sorte de « docu-fiction » (hélas nous commettons nous aussi le péché véniel d’utiliser des mots à la mode…) largement inspiré par l’enlèvement et l’assassinat d'Aldo Moro, qui nous transporte dans les années de plomb italiens, lorsque la république était en guerre contre les terroristes gauchisants des « Brigate Rosse » (les Brigades Rouges). On aperçoit entre les lignes l’esprit du « Guépard » de Tomasi di Lampedusa, ce regard désenchanté sur les hommes et sur le monde, sans espoir de rédemption et de changement. Face au déchainement de la violence idéologique à laquelle s’oppose la plus impitoyable raison d’état, « les choses qui rendent possible de rester en vie et de conserver sa raison sont celles qui viennent annuler la réflexion par la moquerie ».

9782743621544

Allan Massie, L’homme sacrifié, Rivages.

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18 novembre 2010 4 18 /11 /novembre /2010 20:46

Consommez, consommez, quelque chose en restera !

 

Girolamo SavonarolaL’action se situe à Florence, à la fin du 15ème siècle, mais attention, il ne s’agit pas d’une fable dorée de la Renaissance. Les contours sont sombres : il est question d’apocalypse, de repentance, de reniement des biens matériels. Tout cela se terminera mal, par un grand bûcher allumé Piazza della Signoria. 

 

La cité des Medici vit une période trouble ; après la mort de Laurent le Magnifique son successeur a du quitter le pouvoir, l’Etat s’est érigé en république et la véritable influence, le véritable pouvoir sont dans les mains d’un religieux un peu fanatique et mégalomane qui ne déplairait pas au régime des ayatollahs et autres talibans : Girolamo Savonarola, un moine dominicain au charisme incontestable. Après s’être imposé comme prédicateur spécialisé dans la fustigation des vices de l’Eglise et du monde, il est arrivé à exercer son influence sur l’éphémère république florentine. Ses fidèles sont surnommés avec moquerie « Piagnoni » (les pleurnichards), mais l’homme inquiète. Non content de menacer la venue de l’Ange Exterminateur et de dénoncer les vices du genre humain, il s’attaque à ce qu’il a toujours fait la renommé de Florence : le génie de ses artistes, le savoir faire de ses artisans, un certain mode de vie (tout ce quelques siècles plus tard sera vendu de par le monde sous l’appellation de « made in Italy »). Il ordonne un bucher des vanités, et ainsi les flammes dévorent objets de luxes, vêtements, tableaux et autres ouvres d’art, ainsi que des livres prétendument licencieux. Passé l’ivresse du feu purificateur et venu à manquer le zèle de ses soutiens, la réaction de la pragmatique bourgeoisie florentine ne se fait pas attendre : excommunication, emprisonnement et renouvèlement du bucher, cette fois destiné à frère Girolamo.

Voici, bien qu’un peu simplifiée, l’histoire de Girolamo Savonarola (1452 – 1498), personnage controversé des dernières années du Moyen Age italien, tantôt considéré comme un fondamentaliste ante litteram, tantôt comme un pieux réformateur un peu trop zélé.

 

Pourquoi nous nous intéressons aujourd’hui à Savonarola ? Parce que sa chute est accéléré non tant par ses prêches iconoclastes où il attaque avec virulence le Pape et les maitres de florence, les Medici, ni par ses acrobaties diplomatiques avec Charles VIII de France ou par ses attitudes de fou de Dieu. Ce qui finit par le perdre est son attaque au modèle économique de Florence, ville née du commerce et où les marchands sont devenus princes. Si le désir d’ascèse, de renonciation aux biens terrestres avait gagné la population, Florence aurait été destiné au déclin, et cela les grandes familles florentines, premier entre tous les Medici, ne l’auraient jamais accepté.

 

Amusons nous un instant à analyser en termes actuels la parabole de Savonarola. Que fait-il ? Il prêche la rigueur, l’austérité, face à la dérive de la consommation. Toute ressemblance avec les politiques mises en place par la plupart des gouvernements depuis environ deux ans est purement fortuite… Il n’est pas de notre volonté de critiquer les efforts des dirigeants politiques de réduire les déficits publics, les cas de la Grèce et de l’Irlande nous en rappellent les dangers chaque jour. En revanche, comme plusieurs analystes et observateurs l’ont fait remarquer à plusieurs occasions, il ne faut pas que le remède tue le malade, à l’instar des saignées de jadis.

 

N’en déplaise à personne, nous vivons dans la civilité de la consommation. Nous utilisons volontairement ici le mot « civilisation » en lieu et place du plus commun « société » car la philosophie sur laquelle le monde occidental (monde tout court, il faudrait dire, car à part quelques dictatures marginales tous les pays ont adopté les préceptes de l’économie libérale) est bâti repose sur l’acceptation universelle de la valeur positive de la « croissance ». Et la croissance économique, c'est-à-dire l’augmentation régulière de la production et des revenus, qui induit à son tour l’augmentation des investissements et des emplois, n’a qu’un seul et unique moteur : la consommation. La base de toute prospérité est dans la consommation de ménages (ou, pour le dire en termes moins old school, dans le « B to C »). La consommation et les investissements des entreprises (le : « B to B ») n’en sont que le corollaire ;  le postulat étant l’achat final d’un bien ou d’un service par un particulier, qu’il s’agisse d’un achat de première nécessité comme un pack de lait ou d’un achat totalement superflu et effectué par pur plaisir, comme un foulard Hermès.

 

Or, le paradoxe des politiques économiques actuelles est le suivant : comment préserver (et, a fortiori, stimuler) la consommation tout en mettant en place des plans de rigueur qui risquent de réduire le pouvoir d’achat et donc de créer les présupposés par une contraction  de la demande ?  L’exercice s’avère fort difficile, et le gouvernement qui serait en mesure d’y arriver, soit-il de droite ou de gauche, mériterait d’être élu avec 100 % des suffrages.

 

Nous sommes chaque jour sollicité par des invitations, injonctions et messages qui nous exhortent à avoir un comportement correct (toujours sensibles aux mots, nous refusons l’abus de « responsable » et de « citoyen ») : cela va du tri sélectif des déchets à l’utilisation des lampes à faible consommation énergétique, en passant par les rappels à la plus élémentaire civilité affichés dans les transports en commun. Si telle est l’attitude qui nous est demandée,  faisons un petit jeu : imaginons donc de vivre aux temps de nos parents et grands parents, pendant la Deuxième Guerre Mondiale. La Patrie en danger nous demande, nous civils restés à la maison, de contribuer à l’effort de guerre pour vaincre l’ennemi. L’ennemi d’aujourd’hui ne nous bombarde pas, il ne menace pas nos frontières. Plus insidieux, il essaye tout simplement de réduire notre train de vie. Débout ! Contre nous de la récession l’étendard sanglant est levé. Soyons patriotes, il faut consommer pour vaincre, l’ennemi reculera face à une barrière de tickets de caisse. La bataille de la croissance sera gagnée par le shopping du week end.

 

 

 

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14 novembre 2010 7 14 /11 /novembre /2010 19:47

Les amateurs de style et d’esprit (qualités essentielles…) ne pourront qu’apprécier « Potiche » de François Ozon. L’histoire est loin d’être bête (quoi de plus sérieux et «engagé » que les relations sociales dans une usine du Nord ou la condition féminine ?) mais contée élégamment et légèrement. Nous nous régalons du jeu des acteurs, des incessants clins d’œil à l’actualité d’une remarquable équidistance politique (du « casse toi pauvre c… » lâché par Fabrice Luchini à l’apparition de Catherine Deneuve en coiffe de bergère qui promet de défendre les intérêts des petits fromagers une fois élue député) mais aussi au cinéma de Jacques Demy (et de Catherine Deneuve) : l’usine de parapluies nous rappelle tellement « Les parapluies de Cherbourg » et le fils de la famille ressemble comme un jumeau au jeune Jacques Perrin des « Demoiselles de Rochefort ».

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14 novembre 2010 7 14 /11 /novembre /2010 17:00

ou comment à l’Elysées on étudie l’Histoire politique

Le système politique français ne connait pas les élections de Mid Term. Depuis la réduction du mandat présidentiel de sept à cinq ans voulue par Jacques Chirac, l’élection présidentielle et celle législative ne sont séparées que d’un petit mois. Cela réduit grandement les risques de cohabitation, cauchemar politique de tout chef d’état, sauf si le corps électoral devait faire preuve d’une étonnante tendance à la schizophrénie. La France devrait ainsi pouvoir compter au début de chaque quinquennat sur une période de stabilité, ou tout au moins d’une relative cohérence dans l’action politique de l’exécutif. Toutefois, pour pimenter les conversations du Tout-Paris et remplir les pages politiques des quotidiens, la savante alchimie institutionnelle met à disposition du palais de l’Elysée un ressort presque inépuisable : le remaniement. Tel acte, qui devrait servir à rééquilibrer la composition d’un gouvernement en cas de : a) profonde crise du pays, ou b) discorde entre alliées en un gouvernement de coalition (pratique fort prisée en Italie), devient de plus en plus un outil de marketing politique. Au sein de la gestion de l’ « offre politique » (concept que nous avons déjà eu le loisir de réfléchir), le remaniement est bel et bien l’équivalent du renouvellement des collections pour la prochaine saison. Mais si la plupart des remaniements n’ont que des vertus cosmétiques, ils peuvent parfois receler un dessin stratégique bien précis.

L’une de nos préoccupations majeures est l’ignorance de l’Histoire et les méfaits de cette méconnaissance sur la marche actuelle du monde. En observant l’actualité politique de ce week end, en revanche, nous ne pouvons que nous féliciter.

L’événement majeur de la vie politique française et l’élection présidentielle. A l’approche de l’échéance les fidélités politiques s’effilochent, les couples institutionnelles se brisent (métaphoriquement et parfois même réellement, comme ce fut le cas pour un certain couple socialiste jadis à la mode), les amis de trente ans ne se parlent plus, les dauphins se transforment en requins… Bref, pour prouver encore une fois que l’évolution de l’espèce humaine n’est qu’une affaire de technologie et que les bons vieux reflexes et ambitions sont toujours les mêmes, on pourrait dire que les différentes factions déploient leurs armées en vue de la Guerre de Succession. Les hommes et femmes politiques se préparent à l’affrontement, et le Président en place, souvent, voudrait bien briguer un deuxième mandat.

Nicolas Sarkozy sera sans aucun doute candidat en 2012. Tandis que le Parti Socialiste semble encore en proie aux discussions (dissensions) internes, le Président aura a faire avec la candidature probable de Dominique de Villepin qui pourrait lui faire manquer quelques voix de la droite libérale lors du premier tour, tandis que l’héritier de Jean-Marie Le Pen viendrait menacer l’aile la plus conservatrice du réservoir électoral de l’UMP. Et le parti présidentiel même, si les sondages d’ici 2012 devaient montrer un affaiblissement du Président sortant, pourrait être tenté d’envisager une autre candidature. Mr Sarkozy a ainsi tout intérêt à neutraliser tout champion de l’UMP qui pourrait venir le défier lors du grand tournoi électoral.

L’histoire des derniers duels présidentiels nous montre qu’être Premier Ministre et candidat à la magistrature suprême équivaut à courir inexorablement vers la défaite : Chirac en 1988, Balladur en 1995, Jospin en 2002… Nommer un Premier Ministre à quelques mois ou années de l’élection présidentielle se résume donc à le lester d’un sérieux handicap. Or, Mr Sarkozy semble connaître l’Histoire. Un François Fillon libéré de Matignon aurait deux ans devant lui pour se présenter comme un candidat potentiel, avec à son actif la victoire remportée face à la gauche pour la réforme des retraites et la préservation du rating de la France. François Fillon incarnerait alors une « force tranquille » de droite, il serait quasiment pompidolien… Face à une opposition de gauche qui a fait de l’antisarkozysme son cheval de bataille, à default de toute proposition solide (même le PS a reconnu qu’il ne reviendrait pas sur l’avancement de l’âge de départ à la retraite, tout comme l’UMP n’a pas supprimé les 35 heures), la candidature de Mr Fillon désarmerait les adversaires. Sauf s’il a attendu l’élection en poste à Matignon. On ne remporte pas une bataille si les troupes qui montent à l’assaut sont épuisées par la vie de tranchée.

C’est pour ces raisons que, fort probablement, François Fillon succédera à lui-même dans les prochaines heures : il pourra ainsi passer à l’histoire comme un Premier Ministre ayant gouverné pendant toute une législature, mais ses chances d’entrer à l’Elysée seront fortement compromises. Ou alors l’Histoire politique connaitra un nouveau cas d’étude.

 

 

 

 

  

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10 novembre 2010 3 10 /11 /novembre /2010 21:52

Hommage à l’Autriche-Hongrie

Comme chaque année, à l’approche de la Onzième heure de l’Onzième jour de l’Onzième mois, lorsqu’on se souvient du clairon qui sonna la fin du suicide de l’Europe, nous ne pouvons qu’être un peu songeurs… Quatre ans de conflits qui balayèrent une civilisation, une époque (une Belle Epoque), ainsi que cet extraordinaire monument que fut la Double Monarchie d’Autriche-Hongrie. Rendons-lui hommage.

L’Empire d’Autriche-Hongrie. Pour la plupart, il se résume à l’allié de l’Allemagne en 1914, et la défaite commune eut comme résultat de les amalgamer dans l’imaginaire collectif sous la forme du même spectre pourvu d’un casque à pointe. Or, il ne faut pas oublier que la naissance de l’Empire bismarckien dans la seconde moitié du 19ème se fit aux dépenses de la France, certes, mais aussi de l’Autriche, battue en 1866. Il ne faut pas oublier les tentatives de Charles d’Habsbourg, neveu de François-Joseph et dernier Empereur, de négocier une paix séparée avec les Alliées, propositions rejetées notamment par la France (lire à ce propos l’excellent « Le dernier Empereur » de Jacques Sévilla).

Dans un monde caractérisé par le manque d’équilibre, par l’intolérance et le communautarisme, comment ne pas regretter ce que fut l’Empire des Habsbourg ? Loin des tendances nationalistes et pangermaniques, l’Autriche-Hongrie était une mosaïque de peuples où Polonais, Hongrois, Tchèques, Allemands et Italiens et d’autres encore pouvaient vivre et prospérer.

Dans ses proclames, l’Empereur s’adressait ainsi : « A mes peuples ». La devise impériale était « Viribus Unitis » (les forces unies). Il y a quelques années, le gouvernement des Etats-Unis d’Amérique refusa un projet visant l’adoption d’une version en langue espagnole de « Star Spangled Banner », l’hymne national du pays, malgré le très fort pourcentage de la population hispanophone du pays. En Autriche-Hongrie, véritable monde multiethnique et multiculturel, l’hymne impérial, magnifique composition de Joseph Haydn, était chanté dans toutes les langues parlées, afin de renforcer le sens d’appartenance et de loyauté : tous différents, mais tous autrichiens !

Que serait aujourd’hui la culture occidentale sans l’apport de certains sujets de l’Empire ? Que serait la littérature sans Roth, Zweig  et Kafka ? Que serait la peinture sans Klimt ? Et la musique sans la dynastie des Strauss (qui ne se limite pas qu’aux valses) ? Et la connaissance du subconscient sans le viennois Sigmund Freud ?

Et puis tout s’arrêta. Par un triste jour de novembre, l’Empereur Charles abdiqua, l’Empire se dissout, et l’Europe ne connut plus jamais un tel ensemble à la fois harmonieux et fragile. Mais il suffit d’assister au Concert du Nouvel An à Vienne, de voir avec quel joie et quel entrain les spectateurs accompagnent en applaudissant son final traditionnel, la Marche de Radetzki, pour s’apercevoir que la Double Monarchie brille à jamais de tout son éclat dans le patrimoine historique et culturel européen.

Gott erhalte, Gott beschütze, unsern Kaiser, unser Land !

 

 

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7 novembre 2010 7 07 /11 /novembre /2010 20:55

considérations sur la philosophie de l’Histoire

 

L’un des poncifs le plus entendus au sujet de l’étude de l’Histoire, et notamment lorsqu’il s’agit de la faire rentrer dans des jeunes cranes réfractaires, est que la connaissance de l’Histoire nous permet de mieux comprendre le présent (et, pourquoi pas, de pouvoir envisager l’avenir).  La phrase a subit une telle inflation et a été tellement répétée qu’elle finit, comme toute phrase proverbiale, par n’avoir plus aucune portée, si ce n’est qu’une espèce de mantra que l’auteur de la dite phrase se répète plus pour lui-même que pour les autres.  Mais essayons un instant d’en décortiquer le sens : elle nous présente l’étude de l’Histoire (l’effort que nous est demandé) comme le moyen pour comprendre le présent (la récompense de cet effort). La hiérarchie des valeurs est bel et bien posée : la connaissance de l’Histoire (symbole de travail, de pénibilité, de journée passées à mémoriser dates et faits de gens morts depuis quelques siècles) n’est valorisée que par la compréhension du présent : l’Histoire n’est donc qu’un support, un antécédent  médical inscrit sur le carnet de santé du Présent.

Vous permettez ? Nous ne sommes pas des enthousiastes défenseurs de cette thèse, mais au moins elle a le mérite d’offrir un rôle social à l’Histoire et de mettre à disposition des esprits éclairés quelques instruments pour ne pas être totalement dépourvu face à l’interprétation des événements qui agitent le monde en 2011 : si les armées occidentales sont engagées en Afghanistan, cela est du au fait que pendant des siècles cette région montagneuse a été la porte entre les plaines de l’Asie Centrale contrôlées par la Russie et l’Inde, perle de l’Empire Britannique. Le contrôle de ce carrefour valait bien le soutien discret offert à quelques tribus indociles, métamorphosées en quelques siècles en des talibans armés jusqu’aux dents. Or, si on ne connait pas l’Histoire de ce coin du monde et le rôle qui y ont joué Russes et Anglais (il suffit de lire « Kim » de Kipling pour en avoir quelques notions), on risque de crier au scandale lorsqu’on découvre que la CIA finançait et armait les rebelles musulmans en lutte contre l’occupation soviétique. Mais cela n’a rien de si extraordinaire ni de diaboliquement astucieux : n’importe quel spectateur du film « Lawrence d’Arabie » avec Peter O’Toole dispose d’informations assez détaillées sur comment les services secrets de Sa Majesté firent levier sur le nationalisme panarabe pour abattre l’Empire Ottoman au cours de la Première Guerre Mondiale…

Jusqu’ici, le sens de ce modeste exposé ne semple pas dévier de l’affirmation que nous avons cité en commençant à écrire, c'est-à-dire que l’Histoire explique le présent. Toutefois, tel n’est pas le but de ces lignes. Si l’Histoire explique le Présent, gare à faire l’exercice en sens inverse, c'est-à-dire vouloir expliquer l’Histoire avec les clés d’interprétation, ou pire encore, de jugement, du Présent. Cela équivaudrait, en termes juridiques, à intenter un procès à un individu pour des faits qui ne constituaient pas un délit lors de leur survenance.

Les gestes humaines, comme une œuvre d’art, sont le fruit de leur temps. Personne n’envisage de considérer Fragonard ou Poussin comme étant des artistes médiocres ou mauvais car ils n’ont pas peint des tableaux dégoulinant de réalisme social ; personne ne s’écrie si dans quelques opéras de Haendel les Maures occupent les rôles des méchants de service. Enfin, dans ce tonitruant télescopage grand public des siècles qu’est « Les Visiteurs »  tout spectateur normalement constitué hurle de rire lorsque Christian Clavier s’époumone en criant « Un sarrasin ! Un sarrasin ! » face à un facteur noir plus terrorisé que lui… Tant d’ouverture d’esprit, hélas, disparait dès qu’on parle d’Histoire : les canons d’évaluation en vigueur au 21ème siècle sont inflexibles, et tout commentateur souhaitant rencontrer l’adhésion du public, des électeurs, ou simplement faire un peu de bruit saisit la moindre occasion pour pourfendre tel ou tel autre fait passé depuis quelques siècles ou condamner avec paroles de feu quelque être mort, enterré et disparu en poussière depuis autant d’années. Et voici que des portraits poussiéreux et inoffensifs quittent leur clou, des rues changent de nom pour le plus grand bonheur des fabricants de papier en tête et même des albums de bandes dessinés qui ont amusé plusieurs générations d’enfants se voient promis à l’assimilation avec « Mein Kampf »…

Que tous ceux qu’à ce moment précis pensent d’avoir à faire avec une abominable opinion révisionniste ne se fourvoient pas : tel n’est pas notre propos et nous ne savons trop bien que le manteau de l’Histoire est constellé de faits inacceptables pour notre sensibilité contemporaine… Mais nous voici arrivés au noyau du problème : le Sens de l’Histoire. Celui qui se veut bon historien ne doit pas se limiter à connaitre une chronologie plus au moins étendue, mais doit s’imprégner du Sens de l’Histoire, qui n’est que l’Esprit du Temps appliqué à la connaissance du passé.

Il est parfaitement inutile et stérile de vouloir porter un jugement de valeur sur des faits passés avec des convictions modernes : expliquer le système féodal avec des éléments idéologiques de la pensée socialiste est ridicule, tout comme peindre l’aventure coloniale européenne du 19ème siècle comme un crime contre l’humanité, alors que cela répondait parfaitement au climat culturel, social et politique de l’époque. En revanche, certains faits historiques ne peuvent qu’être considérés comme des crimes car ils faisaient déjà partie de cette catégorie à l’époque où ils furent commis : les massacres de la France révolutionnaire ou l’exécution de Nicolas II en font partie (nous n’invoquerons pas la Raison d’Etat, car ce n’est pas le thème de réflexion que nous avons choisi aujourd’hui). Quant à la Shoah, cela se passe de commentaires, l’horreur qu’elle recèle ne trouve pas d’explication ni de justification historique sous aucun horizon temporel possible.

Contrepoids des supposés crimes passés, et bien plus simples à pardonner car plus proches de notre sensibilité, nous avons les actes jugés criminels dans le passé qu’aujourd’hui nous pardonnons car tout à fait admis, voir légitimes et normaux (et cela va du droit de grève à la liberté religieuse). Tout fait historique doit être analysé et étudié en fonction de l’époque et du lieu où il s’est produit, dans un contexte spécifique. L’interpréter à la lumière des opinions du 21ème siècle ce serait comme faire circuler sur un circuit de Formule 1 le Fardier du Cugnot.

La critique virulente et gratuite des agissements des générations passés qui à l’époque étaient universellement admis ne sert qu’à générer une espèce de péché originel, duquel nous ne pouvons être lavé que grâce à des actes de repentances médiatisées (et exclusivement symboliques) guidées par des maitres à penser à la recherche de leur quart d’heure de célébrité warholienne. Ce vaste cirque du grand pardon nous laisse perplexes, et l’historien ne peut s’empêcher d’y voir un parallélisme avec les grands rites d’expiation collective de la Contre-Réforme… Une comparaison qui ne saurait plaire aux éditorialistes démocratiques et engagés.

Mais l’Histoire, étant matière humaine, sera toujours assujettie à l’interprétation partisane et aux passions qu’elle peut déchainer, qui finiront par s’estomper avec le passage des siècles. L’historien honnête doit, encore plus que du Sens de l’Histoire, faire preuve de bon sens.

 

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4 novembre 2010 4 04 /11 /novembre /2010 14:21

ou de la nécessité pour les partis politiques traditionnels de refaire de la politique

 

 

L’Amérique profonde, celle que nous croyons connaître et que nous aimons grâce à la littérature et au cinéma, celle de Main Street et des dessins de Norman Rockwell, mais qui en même temps génère les tueries dans des écoles et des fanatiques armées de carabine et bible, cette Amérique américaine vient d’envoyer un signal au cosmopolitisme des côtes Est et Ouest, artisans il y a deux ans de la victoire d’Obama.

 

Dans un contexte peut être plus traumatisant du post 11 septembre, alors que l’un des principes fondateurs du rêve américain, la propriété immobilière, est mis à mal par des saisies intempestives, les Etats-Unis votent républicain, et surtout votent pour des candidats, hommes et femmes issus du mouvement à la fois protestataire et ultraconservateur du Tea Party.

 

Certes, l’apparition d’un ou plusieurs leaders se proclamant comme des vrais américains face aux manipulations des élites n’est pas une chose nouvelle : le premier qui inaugura la série ce fut Andrew Jackson, élu président en 1829. Il se proclamait homme du peuple, mieux, du Far West, et parmi ses actions on se souvient de sa lutte contre la banque centrale des Etats Unis, considérée comme responsable des difficultés économiques du pays (pendant ce temps là, en France, Louis Philippe d’Orléans se faisait couronner Roi des Français avec le programme « enrichissez-vous …).

 

Nous ne poursuivrons pas, toutefois, l’analyse certes intéressante de la politique américaine, plutôt on remarquera comme le système traditionnel des partis, qui a dominé la vie parlementaire moderne (des l’apparition des Whigs et Tories en Angleterre jusqu’aux duels actuels pour la magistrature suprême dans les pays républicains à suffrage direct) est en train de revenir à son point de départ, c'est-à-dire des mouvements d’opinions élitistes et minoritaires. Voici, en cinq tableaux, leur évolution historique.

 

I – Jusqu’au moins aux dernières décennies du 19ème siècle, les partis sont des cercles d’élite, fait direct du suffrage retreint qui limite l’ampleur du corps électoral et du faible niveau d’accès à l’instruction des classes populaires.  Cette constatation est vraie tant dans les régimes modérés que lors des périodes troubles (les révolutions qui tant ont enflammé les esprits ne sont que l’action de petits groupes élitistes qui trouvent leur bras armé dans la tendance populaire à la jacquerie). La politique est alors un passetemps pour hommes bien nés et de bonne culture.

 

II – Sous le coup de l’industrialisation et de la naissance d’une classe ouvrière urbaine, apparaissent les partis de masse, qui prennent en étau les partis d’opinion, marginalisés par le développement du suffrage universel. Après la Grande Guerre on assiste même à l’arrivée au pouvoir des partis de masse, notamment avec le premier gouvernement travailliste en Grande Bretagne en 1924. Les partis de masse, nés comme force d’opposition aux régimes parlementaires conservateurs, adoptent les règles du jeu de leurs prédécesseurs et adversaires. Toutefois, les pires ennemis du parlementarisme guettent ; les dictatures du 20ème siècle s’imposent grâce à des structures centralisées de masse et répriment les restes des partis d’opinion qui ont subsisté à leur phase d’expansion. Plusieurs partis de masse occidentaux (en France et en Italie notamment) seront tentés par la voie de la subversion dans le contexte agité des années Quarante.

 

III – Avec la bipolarisation du monde entre USA et URSS, les partis de masse des pays occidentaux connaissent une ultérieure évolution : les partis d’inspiration marxiste abandonnent progressivement toute idée révolutionnaire, tandis que la mouvance conservatrice essaie de fédérer des couches de plus en plus larges de population  au delà de son électorat élitiste d’origine (c’est le cas de la Democrazia Cristiana, qui regroupe toute l’Italie anticommuniste et réduit grandement l’influence des partis historiques de l’ère préfasciste : le Parti Liberal et le Parti Républicain).

 

IV – L’accroissement du niveau de vie et la fin de la guerre froide sonnent le glas des anciennes idéologies et les différences entre partis traditionnels s’estompent. La notion même de parti de masse disparaît dans un climat joyeusement postmoderne. La désintégration du bloc soviétique pousse même certains commentateurs à raisonner d’une hypothétique « fin de l’Histoire ». A gauche, les partis communistes ne sont plus que l’ombre d’eux même, dans certains pays ils adoptent des habits socialdémocratiques, le label communiste étant repris par des extrémistes ou des nostalgiques vieillissants en inoffensifs. A droite, en revanche, la fin des idéologies est cause d’une perte des repères et valeurs qui ont fondé la politique bourgeoise et d’une regrettable dérive en partis des affaires.

 

V – Ancré dans la défense de principes altermondialistes ou des acquis de catégories professionnelles (à gauche) ou perçus comme le moyen d’intervention politique du grand capital (à droite) les partis traditionnels s’aperçoivent tout au long de la première décennie du 21ème siècle que leur légitimité est de plus en plus mise en cause. Sans obtenir des réponses sur des sujets tels que la globalisation ou l’immigration sauvage de la part des partis traditionnels, désormais uniformisés dans le langage politiquement correct, les électeurs votent pour des formations protestataires et populistes, qui capitalisent sur l’opposition entre « politiciens » et « vrais gens » (Front National et NPA en France, Lega Nord en Italie, BNP en Angleterre, Tea Party aux USA).

 

Tel est la situation politique de la plupart des pays occidentaux à l’heure actuelle (l’Angleterre n’a pas encore vu s’imposer une force protestataire significative, mais David Cameron a du s’allier au Lib-Dem pour former un gouvernement de coalition). Les partis traditionnels modérés sont en panne d’ « offre politique » (pour utiliser une expression assez curieuse qui aplatit la Res Publica au rang des lessives). Que peuvent-ils faire s’ils ne veulent pas abandonner l’arène aux extrémismes opposés ou, tout au moins, leurs être tributaires pour la formation de coalitions gouvernementales ?

 

Une solution (nous n’avons pas l’outrecuidance de l’annoncer comme « LA » solution…), mieux, une suggestion, pourrait être d’apporter un peu plus de passion, d’opiniâtreté, de fierté dans le débat. Savoir affronter l’adversaire politique avec une certaine pugnacité (sans toutefois recourir à l’insulte hurlé comme dans certains talk show berlusconiens). Animer la scène politique avec des vrais débats entre opinion  progressiste et conservatrice, avec des positions claires, lisibles et opposés. Pendant trente ans les pays occidentaux ont été gouvernés au centre (sauf l’Angleterre thatcherienne), cela a été bien pendant un temps. Maintenant, les électeurs-consommateurs ne veulent plus d’un produit standardisé, tout compte fait identique s’il est acheté dans le rayon rose ou dans le rayon bleu… Il veut un produit (un parti, un gouvernement) qui affiche ses spécificités, ses opinions, ses valeurs…

Messieurs les dirigeants des partis traditionnels, le moment est venu de faire de la politique et non de la gestion.

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